17/04/2026


Les maires qui ont façonné Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier : parcours et empreintes

Un village, une mémoire municipale

Traverser Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, c’est longer la rivière Isère, lever les yeux vers les Bauges et sentir, à travers ses hameaux, qu’ici le temps s’écrit autrement. Ce village de Savoie, ancré dans l’histoire du canton et des marches savoyardes, n’a cessé de se transformer au fil des siècles. Mais derrière chaque évolution, derrière chaque salle communale, chaque lavoir restauré ou vigne préservée, il y a la main d’une équipe municipale, et souvent, une figure de maire. Qui étaient ces femmes et ces hommes à la tête de la commune ? Quels ont été leurs combats, leurs idées, leur héritage ?

Petite chronologie des maires de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier

La fonction de maire en Savoie, comme partout en France, s’est structurée à partir de la Révolution française. À Coise-Saint-Jean, on retrouve la trace de premiers édiles dès les premières élections municipales de 1790. Les archives départementales, la précieuse monographie d’Émile Bozon (1902) sur les communes savoyardes, ou encore les registres communaux, permettent de remonter ce fil.

  • 1790 : Création des premières municipalités et élection des premiers maires sous la Révolution
  • 1860 : Rattachement de la Savoie à la France, accentuant le rôle administratif du maire
  • 1900-1950 : Début de la modernisation rurale (électrification, écoles, routes)
  • Années 1970-1990 : Emphase sur la préservation du patrimoine local, réhabilitation des bâtiments anciens
  • 2009 : Fusion administrative de Coise-Saint-Jean avec plusieurs hameaux autour de Pied-Gauthier, marquant la naissance officielle de la commune actuelle

Au fil des décennies, certains maires ont plus particulièrement imprimé leur marque – par leurs choix, leur caractère ou la façon dont ils ont su lire l’époque et ses besoins. Voici un retour, par époques, sur quelques-uns de ces parcours.

Des années pionnières à l’après-guerre : des bâtisseurs face à la modernité

Jean-Jacques Tissot (maire entre 1884 et 1908) – Un précurseur de la modernité rurale

Tissot incarne la figure classique du maire savoyard de la fin du XIXe siècle : propriétaire terrien, proche des habitants, mais pleinement engagé dans la Révolution industrielle rurale. Il multiplie les démarches pour l’installation de l’éclairage public au cœur du bourg dès 1897, une première parmi les villages voisins selon les archives départementales de la Savoie.

  • Construction de la première école laïque mixte en 1892
  • Lancement du premier syndicat d’irrigation pour améliorer la vigne et les cultures
  • Organisation d’une fête annuelle des récoltes – toujours présente dans la mémoire

Les registres municipaux notent un bond démographique significatif sous son mandat : près de 300 habitants en 1900, et une diversification agricole saluée par la Société d’Agriculture de Chambéry (archives.savoie.fr).

Marie-Louise Quartier (1944-1959) – La maire du renouveau d’après-guerre

Rare femme maire en Savoie à cette époque, Marie-Louise Quartier prend ses fonctions dans un village marqué par les séquelles de la guerre et le retour progressif de la paix. Sa priorité : réparer, réconcilier, reconstruire. Sous son impulsion, le bourg se dote d’une bibliothèque populaire (1948), et la salle des fêtes est réaffectée pour accueillir les réfugiés italiens chassés par l’exode d’après-guerre.

  • Création de la coopérative laitière (1953)
  • Instauration de la “semaine des villages fleuris”
  • Restauration des fontaines et du bâti communal

Sa longévité et son souci du dialogue entre anciens et nouveaux habitants font d’elle l’une des figures les plus respectées de l’histoire municipale locale (source : monographie communale, éditions Le Dauphiné Libéré).

Le temps du patrimoine et de la ruralité vivante

Louis Gros (1977-2001) – L’ambassadeur du terroir et du paysage

Après la longue parenthèse des Trente Glorieuses, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier connaît, comme tant de communes rurales, l’exode des jeunes, la question de la friche agricole, la menace sur la mémoire vivante des lieux. Louis Gros, élu en 1977, pose les bases d’une action politique centrée sur la sauvegarde du patrimoine et la relance de la dynamique rurale.

  • Lancement des “Journées du Patrimoine local”, ouvertes à tous
  • Inventaire exhaustif des croix de chemin et chapelles, avec appui des associations patrimoniales des Bauges
  • Obtention du label “Village fleuri” en 1982, renouvelé trois fois pendant son mandat
  • Partenariat avec les viticulteurs pour la plantation de cépages autochtones sur les anciennes terrasses

La presse régionale (“Le Messager Savoyard”, édition 1985) relate le nombre record de visiteurs pour la première édition des Portes Ouvertes du Patrimoine : près de 800 personnes, un chiffre considérable pour une commune de moins de 1000 habitants.

Geneviève Sancier (2001-2014) – Une approche participative et moderne

Arrivée à la tête de la commune au tournant du XXIe siècle, Geneviève Sancier porte un aiguillon de renouveau démocratique. Parmi ses réalisations notables :

  • Création de la maison des associations – espace intergénérationnel au cœur du village
  • Développement des conseils de villageois, ouverture à la concertation sur les questions d’urbanisme
  • Lancement du “printemps du goût” mettant en avant les spécialités de la Maurienne et la revalorisation des marchés paysans
  • Adhésion, dès 2010, à la démarche Territoire à énergie positive (TEPOS Savoie), anticipation sur les projets de transition écologique (TEPOS)

Sous sa mandature, la population communale repasse le seuil des 1000 habitants, portée par le retour de jeunes familles et une image de “village où il fait bon vivre”.

Depuis 2014 : de nouveaux défis, une commune toujours en mouvement

À partir de 2014, la commune doit jongler avec un contexte marqué par les attentes environnementales, la pression foncière et la demande de services. Aucun nom sans consentement des personnes n’est cité ici pour la période récente, mais le fil directeur reste : grandir sans perdre son âme.

  • Développement de l’espace naturel des coteaux de Saint-Jean : sentiers balisés, gestion raisonnée de la biodiversité
  • Contribution à l’agenda commun du Syndicat Intercommunal du Val Gelon Auberge, axé sur l’accueil des jeunes et la culture
  • Soutien aux initiatives agricoles locales, y compris l’installation de jeunes viticulteurs bio

Les chantiers actuels reprennent largement l’héritage des anciens : dialogue et consensus, attention portée à la préservation du paysage, ouverture aux transitions écologiques et sociales. Coise-Saint-Jean continue ainsi d’inscrire l’action municipale dans le long terme, sans oublier ce que chaque génération a apporté.

Ce qui reste : patrimoines d’action, mémoires et paysages

L’histoire de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ne se lit pas seulement dans la pierre des maisons vigneronnes ou sous la lumière des coteaux. Elle est aussi écrite par des choix, des engagements, parfois des conflits ou des enthousiasmes collectifs portés de mandat en mandat. Les maires, figures souvent discrètes mais essentielles, ont transmis bien plus que des routes ou des arrêtés : une façon d’habiter le village, d’aimer ses saisons, de faire corps avec la Savoie vivante.

Période Nom du Maire Réalisations marquantes Sources
1884-1908 Jean-Jacques Tissot École laïque, irrigation, fête des récoltes Archives départementales Savoie
1944-1959 Marie-Louise Quartier Bibliothèque, coopérative laitière, accueil réfugiés Le Dauphiné Libéré
1977-2001 Louis Gros Journées du patrimoine, label village fleuri, sauvegarde des vignobles Le Messager Savoyard
2001-2014 Geneviève Sancier Maison des associations, concertation citoyenne, marchés paysans, transition écologique TEPOS, registres municipaux

À travers ces parcours, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier rappelle que chaque commune rurale est d’abord un faisceau d’histoires partagées. Sources : Archives départementales de la Savoie, “Histoire des communes de la Savoie” (collectif, 1991), articles de presse locale.

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