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À imaginer Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier aujourd’hui, avec ses ruelles paisibles, son clocher fier et ses fermes illuminées à la tombée du soir, difficile de retrouver le noir dense qui, il y a à peine un siècle, enveloppait chaque foyer dès le coucher du soleil. Jusqu’aux années 1920, l’énergie électrique était un luxe réservé aux villes, et la Savoie rurale vivait au rythme de la bougie et de la lampe à pétrole (Source : Archives départementales de la Savoie).
La lumière du jour dictait alors tout : auberges s’éteignant tôt, veillées à la lueur tremblotante, ouvrages ménagers réalisés aux premières (et dernières) clartés… et dans la rue, l’obscurité, souvent percée du halo rare d’une lanterne. Dans ces conditions, chaque tâche, du soin des bêtes au filage du linge, demandait patience, organisation et parfois un peu de bravoure.
L’électrification du monde rural français débute véritablement après la Première Guerre mondiale, portée par la volonté de modernisation et le soutien du Plan Monnet. Mais pour la Savoie, et la petite commune de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, il faudra attendre la décennie suivante pour assister aux premiers branchements électriques. D’après les rapports de conseil municipal (archives consultables en mairie), les premiers débats sur le raccordement au réseau remontent à 1927.
Pour beaucoup, ce basculement éclaire plus qu’un chemin : il dessine la migration vers la modernité que connaissait à petit pas le monde rural.
Parmi les récits transmis par les anciens et lus dans les journaux locaux d’époque (Le Dauphiné Libéré, éditions historiques), une scène ressort, joyeusement commentée lors des rassemblements du village.
Lorsque la première ampoule publique fut allumée en novembre 1933, la population fut invitée à une inauguration aussi simple que mémorable. Les enfants, surtout, attendaient avec impatience ce moment improbable où la nuit serait vaincue d’une simple pression de l’interrupteur. On raconte que le maire, un notable à l’âme progressiste, prononça ce soir-là un petit discours à la lumière nouvelle, avant qu’un silence admiratif ne précède un véritable éclat de joie collectif.
Un journal savoyard relata un trait d’humour local : “Depuis qu’on voit clair, plus question de tricher à la belote chez le cousin !”, signe que l’électricité, dès ses débuts, changeait plusieurs aspects de la sociabilité villageoise.
Le passage à l’électricité ne fut pas qu’un gadget : il révolutionna d’abord le temps et la manière de vivre, de travailler, de se rencontrer. À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, comme ailleurs, cela s’est d’abord vu dans les gestes simples :
Selon l’ouvrage “La Savoie et la modernité rurale : 1900-1960” de René Pourchet, on constate qu’entre 1932 et 1940, le nombre d’établissements raccordés à l’électricité passe de moins de 10% à près de 60% dans les communes rurales du département, ce qui inclut bien sûr Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier. C’est une mutation rapide, comparaison faite à l’inertie des décennies précédentes.
| Année | Proportion de foyers raccordés à l’électricité (Savoie rurale) |
|---|---|
| 1932 | 9 % |
| 1936 | 38 % |
| 1940 | 57 % |
Comme partout, la modernité ne fait pas toujours consensus. Plusieurs familles, prudentes ou effrayées par le coût et la nouveauté, tardèrent à faire installer l’électricité. On relève dans les archives communales du premier trimestre 1934 plusieurs courriers où des habitants demandent à “attendre l’année prochaine”, “voir si la lumière tient ses promesses” ou “ne pas effrayer les anciens”.
La venue des installateurs – souvent des gens du dehors, artisans d’Albertville ou de Chambéry – créa son lot de discussions : on les regardait, les jours de travaux, poser poteaux et câbles, mêlés aux conversations sur l’avenir du village, parfois sur un ton inquiet, mais bien souvent curieux.
Marcher dans Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier un soir d’hiver, c’est percevoir ce que cette arrivée de l’électricité a bouleversé. Les enfants jouent sur la place, les vitres laissent échapper des halos chauds. Dans les caves, la lumière, désormais banale, accompagne chaque geste. Pourtant, l’histoire de son arrivée reste gravée dans les mémoires.
Des anecdotes ressurgissent à chaque veillée de la Saint-Jean, quand, sous les lampions modernes, une vieille dame sourit et évoque ce soir lointain d’une nuit soudain devenue claire. On rappellera que la modernité n’a jamais totalement effacé les habitudes d’autrefois, elle les a juste éclairées d’un jour nouveau.
À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, la lumière électrique a été plus qu’un progrès technique : elle fut une métamorphose douce, une ouverture vers demain, et le prétexte à des histoires qui, aujourd’hui encore, allument les regards.
Sources principales utilisées : Archives départementales de la Savoie, Mairie de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, “La Savoie et la modernité rurale : 1900-1960” de René Pourchet, Le Dauphiné Libéré – éditions historiques.