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Actualités, patrimoine et découvertes locales
Avant de s’arrêter devant les portes massives ou les galetas fleuris, il faut rappeler l’évidence : Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier est un territoire façonné par la polyculture, l’élevage et la vigne depuis le Moyen Âge. Niché entre 270 et 400 mètres d’altitude, à la charnière des Préalpes et du piémont savoyard, le village prospère dès l’Ancien Régime grâce à des terres variées (Source : INSEE, Base Mérimée).
L’histoire agricole de la commune suit la courbe des saisons et l’évolution de l’agronomie : céréales, tabac, pommes, puis le vignoble, qui couvrira jusqu’à 90 hectares à la fin du XIXe siècle (Source : Cadastre napoléonien, Archives Savoie). L’élevage bovin et la production laitière accompagneront cette histoire, chaque usage laissant sa trace dans le bâti.
La grange – ou “grange-étable” – reste l’un des marqueurs les plus lisibles du passé agricole local. À Coise, elles élèvent leur façade souvent orientée plein sud, munie de larges portes en bois, signe d’une ruralité tournée vers la conservation et la mise à l’abri des récoltes, du foin et du bétail. Les murs sont assemblés en pierres locales — gneiss ou galets du Gelon —, enduits de chaux, parfois ornés d’un occulus ou d’une petite niche votive.
On distingue ici deux modèles :
Ce qui frappe, c’est la taille généreuse des charpentes et la présence quasi systématique du “grenier haut” (galeta). Celui-ci, bien ventilé, permettait de conserver le blé ou le maïs à l'abri de l’humidité et des rongeurs, mais était aussi un terrain de jeux pour les enfants du village, à en croire les souvenirs oraux recueillis pendant l’opération de l’Inventaire de la Région Auvergne-Rhône-Alpes (2017).
Moins imposantes qu’à Apremont ou Chignin, les maisons de vignerons de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier n’en restent pas moins emblématiques. Elles témoignent d’un temps où le Gelon et les coteaux accueillaient des rangs serrés de jacquère et de gamay — on recense encore aujourd’hui près de 40 hectares exploités autour du village, loin toutefois du siècle précédent où le vin local partait à Chambéry et Albertville (Source : Chambre d’agriculture Savoie, 2021).
Leur plan est quasi immuable :
Ce sont des bâtisses simples, proches de la ruelle et du clos, dont on reconnaît la pierre appareillée et les encadrements de fenêtres moulurés, parfois ornés d’une date gravée.
À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, une majorité de bâtisses anciennes marie fonctions agricoles et domestiques — ce sont les “fermes-blocs”, héritées de l’époque moderne. La Savoie n’a jamais vraiment cultivé la spécialisation extrême, préférant la diversité : bétail, céréales, vignes, vergers, noix et noyers jalonnaient une même exploitation, abritée sous un grand toit pentu de tuiles écaille ou de lauzes.
Caractéristiques notables dans le village :
Sur certaines façades, de petites “fenêtres à tabac” rappellent que Coise fut à la fin du XIXe siècle un centre local de production de feuilles séchées, destinées aux manufactures d’Aix-les-Bains — une anecdote que l’on découvre dans les relevés de l’administration des contributions indirectes (Archives départementales). Quelques séchoirs à tabac, élevés de planches espacées, subsistent en lisière de vigne.
Comme dans la plupart des communes rurales savoyardes, une large part du bâti agricole ancien de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier a aujourd’hui perdu sa fonction initiale. Granges transformées en habitations secondaires, fermes morcelées, vignes rasées au profit du maïs ou de l’urbanisation périphérique…
Le recensement réalisé par la Fondation du patrimoine en 2016 indique qu’en moins de 80 ans, près d’un tiers des bâtiments typiquement agricoles du canton ont disparu ou subi de lourdes transformations. Une réelle prise de conscience locale a toutefois permis le classement ou la restauration d’une dizaine de bâtisses, grâce à l’engagement de la municipalité et d’associations patrimoniales.
Parmi les réalisations concrètes :
Pour celles et ceux qui souhaitent prolonger la découverte, quelques itinéraires s’imposent :
Pensez à guetter aussi, au détour d’une ruelle, ces petites plaques émaillées apposées par le Conseil départemental, discrètes mais précieuses : elles racontent, en quelques lignes, l’histoire du bâtiment et de ses anciens occupants.
Loin d’être simplement des vestiges, les bâtiments agricoles anciens de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier constituent un patrimoine vivant, une profondeur à retrouver dans le quotidien du village. Si la destination des lieux change, leur histoire irrigue encore la culture locale, anime les fêtes du village, inspire les artisans et les plus jeunes.
Leur préservation n’est pas juste affaire de nostalgie : c’est un repère pour comprendre le rapport à la terre, la sobriété inventive des générations passées, le dialogue permanent entre utilité et beauté rurale. À qui prend le temps d’observer, ils offrent une petite leçon d’histoire, nichée dans la lumière des galetas ou l’ombre satinée des murs de pierre sèche.
Sources principales :