15/11/2025


Lire le paysage : Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier à travers les cartes anciennes

Introduction : Sur la piste des anciens chemins

Entre les rangs de vignes ondulant vers l’Isère et les maisons de pierre posées comme des sentinelles, qui n’a jamais rêvé de remonter le temps à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ? Car s’il est un lieu où l’on sent l’histoire s’ancrer dans la terre, c’est bien ici. Mais si les vieilles pierres murmurent, ce sont bien souvent les cartes anciennes qui parlent le plus clair. Observer une carte vieille de deux siècles, c’est dérouler, sous ses yeux, toute l’évolution d’un village : chemins disparus, rivières domptées, terres humides devenues vignobles, hameaux oubliés… Voici une exploration des cartes qui permettent de visualiser, de comprendre et d’aimer différemment l’évolution de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier.

Pourquoi les cartes anciennes sont précieuses pour comprendre Coise ?

  • Un témoignage du passé : Les cartes anciennes sont beaucoup plus qu’une photographie figée ; elles sont un témoignage vivant de l’évolution du village, de ses usages, de ses habitants.
  • Voir l’invisible : Beaucoup d’éléments ont disparu du paysage : chemins vicinaux, moulins, prairies humides... Une carte d’époque en révèle la mémoire.
  • Comprendre la morphologie du village : Pourquoi tel hameau fut-il bâti sur ce coteau ? Comment s’expliquent les réseaux de fossés ou l’ancienne route royale ? Les cartes le révèlent, bien plus que les photographies ou les récits vagues.

Encore faut-il savoir où les dénicher, comment les lire, et ce qu’elles disent vraiment.

Les grandes familles de cartes disponibles

1. La carte de Cassini (XVIIIe siècle)

  • Période : 1750-1780 environ
  • Curiosité : Première cartographie « scientifique » du royaume de France et de ses marches, la carte de Cassini recense villes, villages, routes principales, reliefs, grandes forêts, rivières. Coise y figure en tant que « Quoise » ou « Coise », l’orthographe n’étant pas encore fixée (Gallica BNF).
  • Apport : Parfait pour embrasser l’environnement régional au XVIIIe : l’importance de l’Isère, la position aux confins du Duché de Savoie, les axes de circulation anciens (notamment le rôle de la route de Montmélian à Chambéry).

2. Les cadastres napoléoniens et sardes (début XIXe siècle)

  • Période : Premier relevé dans les années 1820-1830, puis éditions successives.
  • Enjeux : Outils fiscaux mais d'une grande richesse : chaque parcelle, chaque bâtiment y est noté. Le cadastre sarde (avant l’annexion de la Savoie à la France en 1860) montre déjà la configuration quasi moderne du village.
  • Anecdote : Sur certaines minutes d’archives, on retrouve mention de bâtiments aujourd’hui disparus, moulins sur les biefs, terres dites « inondables » (la plaine avant les grands aménagements), et parfois les noms des familles encore présentes.
  • Source : Archives départementales de la Savoie, fonds numérisé accessible en salle et en partie en ligne (Archives de Savoie).

3. Les plans d’assemblage du cadastre (XIXe – XXe siècle)

  • Objectif : Reprendre le travail cadastral pour intégrer les évolutions (chemins ouverts, dénomination des propriétaires, changements d’affectation des sols).
  • Intérêt : Pour qui sait lire ces plans, on y voit la lente progression du bâti hors bourg, la transformation de petits hameaux en faubourgs, la naissance du lotissement à l’ère contemporaine.
  • Remarque : Ces plans sont précieux pour croiser avec les actes notariés, les registres paroissiaux. Ils montrent combien la structure du village s’inscrit dans la longue durée.

4. Les cartes d’état-major (XIXe siècle)

  • Période : 1820-1880 pour les premières éditions couvrant la Savoie après l’Annexion.
  • Exactitude : Elles marquent la modernisation, avec les reliefs dessinés, les routes rectilignes, la délimitation des villages, le réseau hydrographique précis.
  • Apport à Coise : On y lit la reprise du bourg autour de l’église, la route départementale rénovée, la limite déjà nette entre plaine agricole et premier versant des Bauges. Les sites industriels (racines de la zone de Charamel) apparaissent.
  • Source : IGN Remonter le temps (IGN Remonter le temps).

5. Les photographies aériennes et cartes topographiques (XXe siècle)

  • Période : Des années 1950 à aujourd’hui.
  • Atout : La superposition possible avec les couches anciennes permet de visualiser l’infléchissement du tracé des routes, le recul de certains vignobles, l’urbanisation progressive de la plaine, la disparition de bocages.
  • Source : Geoportail (Géoportail). Les archives départementales proposent aussi, pour la période 1945-1980, une série de photos aériennes saisissantes.

Quelques exemples marquants d’évolution visibles en cartographie

  • La disparition des chemins d’eau : Les cadastres anciens montrent un maillage serré de biefs et petits canaux, aujourd’hui recouverts ou busés lors des remembrements successifs du XXe siècle.
  • L’expansion du bâti hors du Sarto : Si le cœur historique du bourg se devine partout, la poussée résidentielle vers le nord et l’est se voit nettement dès les cartes des années 1960.
  • La métamorphose de la plaine : Les terres dites « inondables » sur le cadastre sarde, peu exploitées, prennent de la valeur après les aménagements du lit majeur de l’Isère et la disparition progressive des zones humides.
  • Le recul du vignoble : Sur Cassini déjà, puis sur les plans cadastraux, l’importance des coteaux viticoles est manifeste. De nombreux clos ont disparu au fil des XIXe et XXe siècles, remplacés par des prés ou bâtis.

Lire une carte ancienne : quelques conseils pratiques

  • Repérer l’échelle : Une carte de Cassini est peu précise, le cadastre peut se lire presque à la loupe.
  • Trouver le lieu : Les noms ont varié. Sur Cassini, on trouve parfois “Quoise”, “Coize” ; le nom de “Pied-Gauthier” n’est indiqué qu'après la réunion communale en XIXe.
  • Se servir des repères naturels : Rivières, tracé des collines, orientation des chemins, tout est affaire de patience. L’église, point fixe depuis le Moyen Âge, est souvent un excellent repère.
  • N’hésitez pas à superposer virtuellement les couches : Des outils comme IGN Remonter le temps permettent de superposer l’ancien et le contemporain.

Où trouver ces cartes pour explorer chez soi ?

  • Gallica (BNF) : Cartes de Cassini, plans anciens, parfois des manuscrits rares (gallica.bnf.fr)
  • Archives départementales de la Savoie : Fonds cadastraux et minutes notariées, accès en salle et en ligne (savoie-archives.fr)
  • Géoportail et IGN Remonter le temps : Pour superposer les couches et naviguer dans le temps (remonterletemps.ign.fr)
  • Médiathèque de Montmélian et bibliothèque de Savoie : Souvent en consultation, quelques documents précieux du canton.
  • Cartothèque de la Bibliothèque Universitaire de Chambéry : Ressources régionales, souvent méconnues, ouvertes au public.

Pour poursuivre la balade : retrouver les traces sur le terrain

Au-delà du plaisir de feuilleter ces documents, s’amuse-t-on à chercher, bottines aux pieds, la trace d’un ancien chemin oublié ou d’un vieux pont ruiné ? Consulter les cartes anciennes, c’est aussi retrouver sur le terrain les signes plus ténus : des alignements de noyers marquant un ancien cadastre, un fossé dissimulé sous la végétation, le souvenir d’un moulin sur la Coisette.

Certains hameaux comme Chantemerle conservent, derrière les haies, la marque de propriétés dessinées il y a deux cents ans. Quelques initiés gardent en mémoire la « grande pluie » du XIXe siècle, visible sur les plans de la plaine, et racontent les chemins empruntés pour contourner les « marais de Gauthier ».

Prendre le temps d’observer, d'interroger un ancien, de naviguer entre le passé et le présent : voilà une belle façon de s’approprier Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier. Et de comprendre que, sous les chemins d’aujourd’hui, dorment plusieurs siècles de vies, de traces et de paysages superposés, à portée de main pour qui regarde les cartes.

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