02/12/2025


Explorer Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier à travers ses cartes et plans anciens : mode d’emploi pour curieux d’histoire

À la découverte d’un village sur papier : la magie des cartes anciennes

Longtemps, les cartes sont restées l’apanage des géographes, des militaires, parfois des érudits locaux. Pourtant, à qui sait les lire, elles racontent mille histoires. Les plans anciens de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ne se contentent pas de figer les lieux : ils invitent à voyager dans le temps, à saisir les secrets de l’organisation rurale, à mesurer la transformation des paysages et des usages. Que l’on cherche la trace d’un ancien hameau, les contours mouvants d’un vignoble ou l’empreinte d’un moulin disparu, la sagesse muette des cartes anciennes vaut tous les récits de grand-mères. Mais où les trouver ? Comment les consulter ? Et que nous disent-elles, au fond, de notre territoire ?

Pourquoi s’intéresser aux cartes et plans anciens de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ?

Un plan cadastral de 1850 n’est pas qu’un simple dessin. Il renseigne, par son trait ferme ou tremblé, sur la trame agraire d’un village, la place du bâti, la fonction des chemins. Les plans et cartes révèlent aussi les grandes phases d’histoire rurale : ici, l’extension du vignoble après la crise du phylloxéra ; là, le morcellement des terres à la faveur du remembrement. Ils restituent la variété des lieux-dits, bien avant que GPS et panneaux n’imposent leurs orthographes définitives.

  • Comprendre l’évolution des paysages : La disparition d’une vigne, l’assèchement d’un marais ou l’abandon d’une maison sont autant d’éléments visibles sur les anciennes cartes.
  • Rechercher des traces familiales : Beaucoup d’habitants utilisent les plans pour retrouver la maison de leurs aïeux ou situer une “grange oubliée”.
  • Préparer une randonnée patrimoniale : Remonter un vieux sentier figurant sur un plan Napoléonien apporte une saveur unique à la balade.
  • Comprendre le poids de l’histoire locale : Par exemple, l’alignement des maisons le long de la route du col de la Madeleine, construit après le percement du tunnel du Chat (1857), transparaît dès les plans du XIXe siècle.

Où trouver les cartes anciennes de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ?

1. Les Archives départementales de la Savoie

C’est la première ressource pour tout·e curieux·se désireux·se de remonter le temps. Les Archives départementales de la Savoie, installées à Chambéry, conservent une collection très complète de plans cadastraux, de cartes d’état-major, et de relevés topographiques anciens.

  • Le cadastre napoléonien (1809-1838) : Consultable sur place ou en ligne sur https://www.archives.savoie.fr/. Pour Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, la première édition date de 1831.
  • Les plans des remembrements : Documents précieux pour suivre la recomposition des parcelles dans les années 1950-1970.
  • Cartes d’état-major (fin XIXe – début XXe siècles) : Inestimables pour observer les réseaux viaires, cours d’eau et forêts avant modernisation.

Modalités de consultation : Beaucoup de documents sont numérisés. Pour des plans spécifiques (répertoire de propriété, minutes et matrices cadastrales), il faut prévoir de s’inscrire à la salle de lecture des Archives, gratuite et accessible à tous.

Anecdote : C’est en feuilletant un plan de 1835 que fut retrouvée la mention du “Pré de l’Abbesse”, aujourd’hui disparu sous des vergers modernes.

2. La bibliothèque municipale de Chambéry et BnF Gallica

La Bibliothèque Municipale de Chambéry offre, en salle du patrimoine, un fonds cartographique remarquable pour la Savoie. Mais, pour qui préfère consulter depuis chez soi, le site Gallica (Bibliothèque nationale de France) propose en accès libre de nombreux plans historiques, cartes IGN anciennes, et même des atlas régionaux du XVIIIe et XIXe siècles.

  • La Carte de Cassini : Datant de la fin du XVIIIe, c’est l’une des premières représentations à grande échelle de toute la France. Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier y figure, lové entre Isère et premiers reliefs alpins.
  • Atlas Trudaine, Atlas de la Dombes : Pour les chercheurs plus exigeants, ces atlas proposent une vision précise des routes et ponts au XVIIIe siècle.

3. Le cadastre actuel et les services de la mairie

La mairie de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier dispose d’archives du cadastre moderne, mais souvent aussi de copies d’anciens plans. Y faire un détour permet parfois de découvrir des plans manuscrits non référencés ailleurs, notamment lors de projets de rénovation ou de cessions foncières.

  • Certains propriétaires retrouvent lors de ventes notariales de vieux plans roulés dans un tiroir communal ou remis en main propre. C’est un vrai petit trésor pour les passionnés.

Il est conseillé de prendre rendez-vous avec le secrétariat pour consultation, les documents n’étant pas tous accessibles au public sans encadrement.

4. Les sociétés savantes et associations locales

Les Amis du Vieux Chambéry, la Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, ou même le Syndicat des propriétaires de vigne de la Combe de Savoie possèdent parfois des copies d’anciennes cartes et plans annotés, rarement diffusés en ligne. Les consulter est possible lors d’expositions ponctuelles ou sur rendez-vous (voire lors de causeries organisées dans la région, généralement à l’automne).

  • Ont déjà été exposés : plan de la vallée précédant les travaux du canal de Savoie (milieu XIXe), cartes napoléoniennes annotées par des érudits locaux.

Comment lire et interpréter une carte ancienne ?

S’aventurer dans le décryptage d’une carte ou d’un plan manuscrit, c’est renouer avec l’œil du curieux d’autrefois, celui qui sait que tout trait est signifiant.

  1. Identifier l’échelle : Sur les plans napoléoniens, l’échelle varie, mais elle est souvent indiquée en “toises” ou “perches”. Un bon réflexe : commencer par l’identifier pour mieux comparer au paysage actuel.
  2. Reconnaître la toponymie : Beaucoup de noms de lieux ont évolué, parfois pour des raisons administratives ou parce que l’oral s’est imposé sur l’écrit. Utiliser l’Index du “Dictionnaire topographique du département de la Savoie” (L. Ravier, 1905) peut aider à décoder les noms oubliés.
  3. Repérer les symboles : Les plans anciens regorgent d’icônes pittoresques : dessin stylisé pour les moulins, arbres pour les bois, croix indiquant un cimetière. Les légendes sont parfois absentes, il faut alors comparer avec d’autres plans.
  4. Se repérer sur le terrain : Pour qui aime marcher, rien ne vaut la confrontation carte en main/terrain. Nombre d’anciens chemins sont aujourd’hui des sentiers ou chemins ruraux (source : IGN Remonter le Temps, https://remonterletemps.ign.fr/).

Ressources en ligne : cartographie numérique et outils gratuits

Depuis une décennie, le numérique ouvre de nouveaux horizons pour tous les passionnés de cartographie ancienne. Plusieurs ressources offrent désormais un accès gratuit et immédiat à une sélection de plans et cartes historiques de la région, souvent avec fonction de superposition pour comparer passé et présent.

  • IGN Remonter le Temps propose la comparaison interactive entre cartes d’état-major du XIXe siècle, photos aériennes de 1950 et fonds topographiques actuels. Idéal pour observer la métamorphose de la commune (https://remonterletemps.ign.fr/).
  • Géoportail réunit les fonds IGN contemporains et historiques, avec parfois le plan cadastral napoléonien géoréférencé selon les communes (https://www.geoportail.gouv.fr/).
  • Gallica BnF : rechercher “Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier plan” ou “Savoie carte ancienne” amène à des résultats parfois surprenants.
  • GeneaNet (pour les chasseurs d’ancêtres) référence aussi plans de section et matrices cadastrales anciennes, précieuses pour les recherches généalogiques.

Plonger dans le passé par les cartes : témoignages, chiffres et découvertes

Sur moins de 1 200 hectares, le territoire de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier concentre près d’une centaine de lieux-dits, dont la moitié ne figurent plus sur les panneaux contemporains, mais qu’on retrouve sur les cartes du XIXe siècle (source : Cadastre Napoléonien, Archives 73 ; Recensement IGN 2020). Entre 1831 et 1950, la commune a vu la part des surfaces en vignes passer de 70 à 20 % de la SAU (Source : Recensement agricole 1955). Cette mutation paysagère s’observe sur les plans : là où le jaune des vignes dominait, les cultures de maïs ou les vergers gagnent du terrain dès les années 1950.

On découvre également que les anciens sentiers menant à la forêt du Villard suivaient autrefois la lisière des vignes, formant une “épine dorsale” du territoire. De vieilles croix de pierre, disparues des retrospectives modernes, sont encore repérables sur un plan de 1840 conservé à la mairie.

Ouvrir des pistes, cultiver la mémoire locale

Situer sa maison sur une carte d’il y a deux siècles, retrouver la trace d’une chapelle disparue, ou constater que tel ruisseau s’appelait jadis “la Forane” : ici réside la magie des cartes anciennes. À l’heure où le territoire change à grande vitesse, les plans et cartes réveillent les racines. Ils sont un fil précieux reliant les générations, un plaidoyer silencieux pour le respect du patrimoine, et une invitation toujours renouvelée à arpenter, carnet et carte en main, les chemins de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier.

La consultation des cartes et plans anciens n’est plus réservée aux spécialistes. Les ressources sont vastes, les anecdotes nombreuses, l’émerveillement garanti. Qu’on soit originaire de la commune ou simple promeneur, découvrir ces archives, c’est assurément regarder différemment chaque pierre, chaque haie, chaque sentier croisé au fil de ses balades.

SOURCES : Archives départementales de la Savoie (Plans cadastraux, XIXe et XXe siècles, accès public), IGN – Remonter le temps, Gallica BnF, Recensement Agricole 1955, “Dictionnaire topographique du département de la Savoie” (L. Ravier, 1905), Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie.

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