19/02/2026


Les grandes dates qui ont façonné Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier

Au fil des siècles : quand l’histoire s’invite entre Isère et Arclusaz

Entre collines fertiles et contreforts montagneux, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier n’est pas seulement un paisible village du Val Gelon. Son histoire, discrète, recèle pourtant de nombreux épisodes où la grande Histoire rencontre les petites chroniques du terroir. De l’époque gallo-romaine aux soubresauts de la Seconde Guerre mondiale, ce coin de Savoie a souvent servi de trait d’union, de zone tampon, ou de carrefour stratégique, à la croisée des voies humaines et naturelles.

La Savoie, carrefour de civilisations : des origines antiques au Moyen Âge

Bien avant que le village ne porte son nom actuel, le sillon du Gelon était déjà emprunté. L’existence d’une voie romaine secondaire passant à proximité, reliant la vallée de l’Isère au bassin chambérien, a laissé quelques rares vestiges, et surtout une empreinte dans la toponymie locale. Certains historiens, comme le signale l’Inventaire général du patrimoine culturel de Savoie (patrimoines.savoie.fr), évoquent des fonds de cabanes et des fragments de tegulae retrouvés sur le plateau, attestant d’une présence ruralisée à l’époque gallo-romaine.

  • IIIe-IVe siècle : développement rural autour des plateaux, apparition de premières villae.
  • Moyen Âge : Coise, mentionnée sous divers toponymes (Casa, Costa…), deviendra partie intégrante du domaine de la Seigneurerie de Miolans – laquelle veille, du haut de son impressionnante forteresse voisine, sur la vallée.

L’église de Coise, dont une première mention écrite date de 1206, dépendait alors de l’abbaye de Saint-André en Maurienne. Plusieurs familles nobles se partageaient la seigneurie, dessinant une mosaïque foncière typique du Moyen Âge savoyard, faite de droits féodaux partagés et de conflits de clochers.

Le temps des châteaux et des alliances : du XVe au XVIIIe siècle

Quand on lève les yeux vers le Château de Miolans – qui fut, du XVe siècle à la Révolution, la plus célèbre “bastille” savoyarde – on n’oublie pas qu’une partie de la vie locale fut, durant des siècles, organisée autour de cette forteresse.

  • Château de Miolans : on y retient surtout l’histoire de ses prisonniers célèbres, comme le Marquis de Sade, mais il fut aussi un acteur discret du contrôle des terres agricoles et de la pacification du secteur. La confluence du Gelon en faisait un point de passage surveillé et disputé.
  • Les guerres franco-savoyardes du XVIe siècle : le village souffrira ponctuellement de passages de troupes et de réquisitions, en particulier après l’annexion temporaire de la Savoie à la France par François Ier (1536-1559).

À cette époque, Coise n’est pas une bourgade fortifiée mais s’abrite derrière ses vignes, ses marais (tarets) et ses alliances matrimoniales. L’économie tourne alors autour de la polyculture vivrière, entre céréales, pâturages et premières formes de viticulture, encore attestée sur les coteaux aujourd’hui.

1789-1860 : Savoie française, premiers bouleversements

Le vent de la Révolution française n’arrive à Coise qu’en plusieurs temps. L’Assemblée de Savoie, ayant décrété la réunion avec la France en 1792, entraîne la disparition des anciens droits seigneuriaux : c’est surtout la redistribution des terres d’église et de seigneurs qui marque une rupture, visible dans les cadastres du début du XIXe siècle.

  • 1792 : Entrée de la Savoie dans la République française, constitution des premières municipalités modernes. Coise fusionne officiellement avec Saint-Jean-Pied-Gauthier, pour former une unité administrative cohérente dans le canton du Betton (mentionné dans les Archives départementales de la Savoie, série L).
  • Les maires sont élus par une minorité, souvent propriétaires terriens, tandis que la population paysanne voit ses conditions modifiées surtout par l’instauration de nouvelles taxes et la conscription.

Dans ces années troubles, la crainte de la réquisition (hommes, chevaux, foin) et les tensions autour des récoltes rythment la vie des familles. Les XIXe siècle apportera ensuite la stabilité napoléonienne, puis, après la Restauration, une période de lent essor agricole, soutenue par l’ouverture de la Savoie au commerce français à partir de 1860.

La Savoie au cœur des soubresauts : 1860 et l’union avec la France

L’événement politique majeur reste l’Annexion de la Savoie à la France en 1860, validée par le plébiscite du 22-23 avril (99,8% de oui dans l’arrondissement de Chambéry). Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier traverse alors :

  • Le passage du franc sarde au franc français,
  • L’uniformisation administrative (impôts, conscription, service postal, etc.),
  • Un changement de statut du clergé et des écoles, qui deviennent “publiques”.

Pour les habitants, le changement est perceptible surtout dans la vie quotidienne : plus d’école, mais aussi plus de contrôles. Le registre de l’état civil, conservé à la mairie, montre l’apparition de nouveaux patronymes et la hausse de la population en trente ans, passant de 684 habitants en 1861 à près de 900 en 1891 (source : recensements INSEE anciens).

1890-1945 : la mutation du village, du phylloxéra aux guerres mondiales

La fin du XIXe siècle est marquée par la crise du phylloxéra, ce petit insecte qui dévastait les vignes d’Europe. Coise n’y échappe pas : toute une part de la monoculture locale doit être arrachée puis replantée sur greffons américains (voir le rapport de la Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, www.ssha.fr). Cette tragédie viticole provoque un virage vers l’élevage laitier et les fromageries coopératives, dont la mémoire demeure dans la toponymie.

  • 1914-1918 : comme partout en France, la Grande Guerre bouleverse la vie. 42 morts à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, plus de 120 mobilisés, selon le Mémorial communal. Les femmes tiennent les exploitations, tandis que les retours sont marqués par la précarité et la solidarité villageoise.
  • 1939-1945 : Coise subit l’occupation italienne puis allemande ; certains résistants du secteur rejoignent les maquis savoyards. Plusieurs familles hébergent clandestinement des réfractaires au STO et des fugitifs, en particulier grâce au relief protecteur et à la proximité des Bauges. Des témoignages recueillis par Serge Viallet (édités dans “La Savoie dans la Guerre”, Presses universitaires de Grenoble, 1984) insistent sur le courage discret des habitants.

La Libération est marquée par la liesse, les bals, la reconstruction… mais aussi par l’exode rural déjà amorcé : la population du village baisse, comme en témoigne le registre scolaire (passant de 130 élèves dans les années 1920 à moins de 70 au début des années 1960).

De l’après-guerre à aujourd’hui : trait d’union entre tradition et modernité

Le XXe siècle finissant voit Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier s’ouvrir à d’autres horizons : développement de l’urbanisme, arrivée du téléphone puis d’Internet, participation aux grandes coopératives laitières de la Combe de Savoie, renaissance viticole sur les coteaux, et ouverture vers le tourisme rural.

  • Construction de la route départementale 201 : le village devient plus accessible, de nouveaux habitants s’installent dès les années 1970.
  • Années 2000 : création de la zone artisanale, développement de l’exploitation hydroélectrique sur le Gelon. Le village s’inscrit dans la dynamique du Val Gelon, autour d’initiatives vertes et de valorisation du patrimoine.

Le passé continue d’affleurer : en témoigne la restauration minutieuse de la chapelle Saint-Blaise, les publications des Amis du Vieux Coise, et l’attachement à la toponymie (les “favières”, “prairies du marais”, etc.), qui reflète la mémoire agricole et les migrations anciennes. Plusieurs familles du village remontent leurs arbres généalogiques jusqu’au XVIe siècle, entretenus lors des “rassemblements de cousins” chaque été.

Quand les mémoires se mêlent : racines, rendez-vous et transmission

Aujourd’hui, la richesse historique de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier se manifeste à travers :

  • La fête patronale de Saint-Jean, héritière de traditions millénaires.
  • Le randonnée du “Chemin des Moines”, qui suit l’ancien tracé reliant l’église aux villages voisins et offre un panorama sur le foyer de peuplement d’origine.
  • Les journées du patrimoine, où les habitants ouvrent granges, caves et archives familiales, pour raconter les transformations du village à travers photos, objets et récits.

Chaque pierre, chaque prénom, chaque sentier a sa légende et rappelle que peu de communes peuvent se flatter d’un tel ancrage, à la fois modeste et têtu, dans la longue histoire savoyarde. Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, loin d’être une simple étape entre vallée et montagne, incarne cette promesse : que la mémoire d’un village n’est jamais figée, mais bien vivante – à condition de la faire vivre ensemble, génération après génération.

Sources principales :

  • Archives départementales de Savoie, séries E et L
  • Recensements INSEE anciens
  • Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie
  • “La Savoie dans la Guerre”, S. Viallet, PUG, 1984
  • Inventaire Patrimoine Savoie (patrimoines.savoie.fr)
  • Amis du Vieux Coise (brochures locales 2010-2022)

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