30/10/2025


Artistes, écrivains et créateurs à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier : traces, inspirations et silence fertile

Un village savoyard propice à l’inspiration

Blotti entre Mollard et Isère, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier cultive un art de vivre discret, loin du bruit des grandes agglomérations. La lumière qui glisse sur les vignes, la montagne qui veille à l’horizon, les premières brumes sur la plaine, tout ici pourrait inviter à la création. Mais cette terre a-t-elle vu naître ou vivre des artistes, écrivains, ou figures culturelles ? Y trouve-t-on, dans ses ruelles ou au détour de ses hameaux, les traces d’une vie créative ancienne ou actuelle ?

Écrivains célèbres et anonymes : un passage discret

À la différence des grands centres urbains ou des stations illustres de Savoie, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ne figure pas dans la plupart des manuels littéraires. Ni Balzac, ni Stendhal, ni aucun grand nom du XIXe siècle ne l’a immortalisée par ses mots. On ne trouve pas, dans les archives régionales, trace d’un écrivain résidant à Coise à temps plein et ayant inscrit le village dans l’histoire nationale de la littérature.

Mais cela ne signe pas l’absence de toute vie artistique ou littéraire. Le silence des encyclopédies cache parfois une diversité d’acteurs locaux et de vocations éphémères qui, sans bruit, ont marqué la mémoire collective. Plusieurs écrivains et artistes régionaux évoquent volontiers, dans leurs entretiens ou dans certains ouvrages, les paysages du Val Coisetan et des Bauges alentour. Le poète savoyard Amédée-Claude Cuaz, originaire d’Aiton (à quelques kilomètres de là), a écrit sur la vallée de l’Isère et ses saisons, sans citer en particulier Coise-Saint-Jean mais en décrivant l’atmosphère si caractéristique des villages voisins (source : "La Savoie et son expression littéraire", ANR Savoie Littérature).

Artistes visuels et photographes : regards sur les paysages de Coise

Les peintres ont également été nombreux, notamment dès le XIXe siècle, à parcourir la vallée pour y capter jeux de brumes et lumière de fin d’été. La région de Coise fait ainsi partie d’une constellation de paysages ayant inspiré plusieurs aquarellistes voyageurs, dont Paul Devin, connu pour ses aquarelles de la Savoie rurale : l’artiste a peint les rives de l’Isère en aval et l’église de Coise dessinée lors d'une promenade (collection privée, reproduite parfois dans les expositions locales).

Depuis les années 1980, la photographie a pris le relais. Les photographes Yvan Berthet et Jean-Pierre Martinet, figures actives dans les associations patrimoine en Savoie, ont immortalisé les vendanges et scènes de vie quotidienne à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier. Leurs clichés, exposés régulièrement à Montmélian et Chambéry, témoignent autant d'une approche documentaire que poétique.

Le patrimoine et la parole locale : transmission, mémoire, et création

Le goût des mémoires orales

Au-delà de la création individuelle, c’est le terreau culturel local qui façonne l’identité du village. Plusieurs initiatives témoignent du désir de transmettre histoires, voix et savoir-faire :

  • Les concours de récits du patrimoine organisés par la Communauté de Communes Cœur de Savoie depuis 2017, qui invitent habitants et scolaires à mettre en mots souvenirs et légendes familiales. Plusieurs contributions proviennent de Coise-Saint-Jean – sur la mémoire de la vigne, des anciens moulins ou le quotidien du bourg au début du XXe siècle (source : Cœur de Savoie, bulletin 2018-2022).
  • La “Fête du livre” de la Bibliothèque Intercommunale Cœur de Savoie, organisée tous les deux ans à Montmélian, permet à des auteurs locaux de présenter leurs ouvrages, et à des habitants de Coise de s’initier à l’écriture et à la lecture à voix haute.
  • L’atelier “Mémoire et photo”, proposé par l’association Patrimoine Histoire Coise, archive depuis 2015 documents, photographies, correspondances et croquis familiaux, offrant une fabrique collective du passé.

Ces formes d’expression, plus modestes mais vivaces, participent à la vitalité culturelle du village.

Créateurs d’hier et d’aujourd’hui : artisans, musiciens, conteurs

Le patrimoine immatériel ne s’arrête pas aux seules figures littéraires. L’artisanat d’art y occupe une place discrète mais précieuse. Parmi les figures locales du XXe siècle, on retient :

  • L’ébéniste Charles Gautier (1892-1976), dont les meubles sont exposés au Musée régional du Vin de Montmélian et dont l’atelier, situé à Coise dans les années 1950, est encore célébré pour la finesse de ses marqueteries (source : Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, 2019).
  • Martine Dussault, artiste-céramiste installée à Coise depuis 2007, anime des stages et a exposé dans plusieurs galeries régionales, croquant le quotidien rural dans ses émaux singuliers (catalogue “Regards croisés sur le territoire”, expo 2021, Mairie de Montmélian).
  • Les ensembles musicaux éphémères, nés lors des Fêtes du Printemps ou du marché de la Saint-Jean, comme le groupe folklorique “Les Chênaies”, réunissant chansonniers et conteurs du pays de l’Isère.

Une culture discrète mais vivante : pourquoi si peu de grands noms ?

La relative discrétion de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier dans la liste des “villages d’artistes” de la région ne tient pas au hasard. Cela s’explique par plusieurs réalités :

  • Un ancrage rural longtemps fermé : pendant une grande partie du XXe siècle, l’économie viticole et agricole a concentré les énergies sur le travail de la terre, laissant peu de place à la création professionnelle ou à l’accueil de résidences d’artistes.
  • La proximité de centres bien plus grands : Chambéry, puis Grenoble ou encore Aix-les-Bains, ont longtemps concentré l’activité culturelle et éditoriale.
  • La valorisation récente de l’art rural : ce n’est que depuis les années 2000, avec le développement du tourisme vert et la mise en réseau des territoires, que la création locale est reconnue et encouragée.

Cela dit, Coise-Saint-Jean est cité comme lieu de passage obligé dans les “Promenades paysagères en Savoie” (édition 2014, Département de la Savoie), preuve que le paysage inspire toujours… même si à voix basse.

Dossiers et ouvrages de référence autour de Coise et de la création savoyarde

Pour aller plus loin, quelques sources permettent de mieux cerner les écrivains, artistes et figures culturelles en Savoie et dans l’Avant-Pays savoyard :

  1. “Littérature savoyarde et mémoire locale”, Anthologie dirigée par Jean-Alain Chevalier, éd. La Fontaine de Siloë, 2017.
  2. “Le patrimoine artistique des villages savoyards”, Inventaire du Patrimoine, Département de la Savoie, consultable sur archives.savoie.fr.
  3. Communauté de Commune Cœur de Savoie : dossiers Mémoire Vivante et Concours du Patrimoine.
  4. Revue Savoie Héritage, en particulier le numéro 48 (2019), consacré à la photographie rurale en Combe de Savoie.

Enfin, la Bibliothèque de Montmélian et ses fonds d’archives proposent un large panorama d’écrits d’habitants et de chroniques locales.

Le terreau de demain : jeunesse, ateliers et horizon créatif

Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier n’est pas un “village d’artistes” comme on le lit dans certaines brochures touristiques. Pourtant, ses paysages féconds, sa vie associative, son attachement à la mémoire, offrent un terrain fertile à la création, même modeste. La jeune génération, sensible à la photographie, à l’écriture ou à la chanson, s’empare à son tour de ce patrimoine vivant :

  • Les ateliers d’écriture scolaire “Paysage et Imaginaires”, en partenariat avec le Collège Pierre Gravier de Montmélian, ont abouti à la publication d’un recueil de poèmes sur la vie à Coise en 2022 (extraits disponibles à la Bibliothèque Intercommunale).
  • L’atelier de sculpture sur pierre “Au Four à Chaux”, ouvert en 2019, attire chaque été des amateurs de toute la vallée.
  • Le festival “Côté Jardins” accueille des conteurs et artistes de rue, notamment pour mettre en valeur le patrimoine arboré du village.

Ici, la création s’enracine, humble et tenace, dans le silence et la lumière des saisons savoyardes. Les grands noms y sont rares, mais le paysage ne cesse d’inspirer : à chacun, peut-être, d’écrire la suite.

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