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Perché au croisement des contreforts alpins et de la Combe de Savoie, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ne vibre pas seulement d’une douceur de vivre : le village porte en lui la mémoire patiente de lignées familiales profondément liées à son destin. Penser à l’histoire de Coise, c’est remonter le fil des patronymes gravés sur les pierres de l’église, sur les portes d’anciennes fermes ou les archives municipales, repérer les silhouettes discrètes derrière lesquelles se devinent d’anciennes alliances et de célèbres rivalités.
Au fil des siècles, quelques familles ont joué un rôle clé pour façonner le visage du territoire. Il ne s’agit pas ici seulement de « grands noms » mais plutôt d’un chœur, d’une mosaïque de mémoires, où chacun a laissé sa marque :
Si l’on se plonge dans les registres paroissiaux du XVIIe siècle, plusieurs noms apparaissent avec une étonnante constance : Pion, Ract, Morand, Bouchet, Jorcin. Ces familles se retrouvent année après année dans les actes de naissance, de mariage et de décès (source : Archives départementales de la Savoie). Le recensement de 1836 atteste qu’environ 60 % des habitants de la commune sont liés par quelques familles fondatrices.
Geneawiki rapporte que la majorité de ces familles travaillaient la terre, mais que certaines exerçaient aussi des métiers spécifiques (charrons, tisserands, aubergistes) qui leur conféraient un statut social particulier. Les alliances entre elles, souvent organisées par le voisinage ou au sein des foires, ont structuré la société locale davantage que les décisions venues d’en haut.
La richesse de la commune, c’est la terre. Dès le Moyen Âge, le vignoble fut un marqueur social essentiel. La famille Pion, installée depuis au moins 1593 (documenté dans les terriers savoyards), détenait plusieurs parcelles sur la fameuse butte de Tormery. Plus tard, les Bouchet et Morand innoveront dans la culture des cépages locaux, jusqu’à replanter massivement après la crise du phylloxera à la fin du XIXe siècle. Certaines de ces familles furent pionnières dans la relance du monde viticole savoyard dans les années 1930, contribuant à la requalification des vins de la Combe (source : Interprofession des Vins de Savoie).
Les transmissions de terres, minutieusement enregistrées chez le notaire, témoignaient du souci de pérenniser la propriété dans la famille. Ces actes sont aujourd’hui des témoins précieux pour comprendre le morcellement ou, parfois, la constitution de véritables petites « dynasties rurales ».
La vie de la commune n’a jamais été dissociée des grandes familles locales. Pendant tout le XIXe siècle, les procès-verbaux du conseil municipal montrent la présence quasi systématique de noms récurrents parmi les mairies ou les doyens responsables du village (source : Archives de la Savoie). Sur la période 1832-1920, à peine cinq familles se sont partagées le poste de maire.
Très concrètement, le village s’appuyait sur ces structures pour résoudre les conflits d’usage des chemins, des cours d’eau ou des terres.
L’héritage des familles se fait aussi par ce que le village garde en mémoire :
L’une des anecdotes les plus frappantes de la mémoire locale est celle de la “Pierre aux Ancêtres”, recouverte de lichens à l’ombre du cimetière, qui aurait servi de point de rendez-vous lors des grandes décisions de partage. Ce n’est pas un simple folklore : jusqu’au début du XXe siècle, la coutume voulait qu’on prenne là les décisions importantes, en présence d’un représentant de chaque lignée.
À partir des années 1950, deux mutations bouleversent la dynamique des familles à Coise :
Un retour de balancier s’observe aujourd’hui, avec une revalorisation des patrimoines familiaux : ouverture de maisons de village en gîte, mémoire des savoir-faire réactivée par l’œnotourisme, travaux de généalogie engagés par des descendants avides de renouer avec leurs racines.
Marcher sur les sentiers de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier aujourd’hui, c’est suivre, parfois sans le savoir, la trace vivante de ces familles anciennes. Qu’il s’agisse du pressoir récupéré dans une grange, de la mémoire du dernier moulin sur le Gelon, ou simplement du goût transmis pour les “soupes royales” de grand-mère, le passé affleure.
À l’heure où de nombreux villages cherchent un nouveau souffle, Coise assume ce tissage entre ancien et neuf. Les associations s’intéressent à la collecte de la mémoire orale. Chaque automne, lors de la fête du pain ou des vendanges, les liens se font entre ceux qui portent l’héritage et ceux qui le découvrent.
La richesse d’un lieu tient à ce que chacun lui apporte ; c’est aussi par la mémoire des familles, leur capacité à transmettre et à accueillir, que Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier continue d’écrire son histoire, dans le mouvement du temps et des saisons.