Faire pousser ses racines : la vraie vie des stages hospitaliers en médecine
Dans les couloirs carrelés de l’hôpital, sous les blouses blanches, les étudiants en médecine vivent leurs premiers grands frissons du métier. Là, dans la rumeur...
Actualités, patrimoine et découvertes locales
Dans les replis des Bauges, entre forêts paisibles et vignobles qui s’arrondissent sous le vent, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier est avant tout un village de terre, d’eau et de gestes anciens. Ici, la pierre de la maison, le mur de la grange et le pli du pré racontent l’histoire des hommes et des femmes qui, des siècles durant, ont modelé ce coin de Savoie. L’agriculture y est bien plus qu’un métier : elle est une affaire de famille, une colonne vertébrale pour la vie locale. Mais qui sont ceux et celles qui lui ont donné son visage ? Quels noms, quelles familles, quelles initiatives ont durablement marqué le paysage ? Ce récit plonge dans l’histoire vivante, qui continue de nourrir la mémoire et les tables du village.
Si l’on remonte les archives municipales – dont certaines précieuses conservées au service des Archives départementales de la Savoie – le monde agricole local à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier a longtemps été celui d’une polyculture attentive : céréales, élevage bovin, vergers, et vignes formaient le tissu serré de la vie rurale. Parmi les figures familiales emblématiques, plusieurs noms reviennent avec insistance pour le XIXe et le début du XXe siècle : les familles Jay, Gros ou encore Benoit ont marqué la commune par la taille de leurs exploitations, la diversité agricole et leur rôle de passeurs.
Loin d’être figée, cette transmission familiale se doublait de solidarités saisonnières, où les fenaisons ou vendanges rassemblaient, chaque année, les générations autour des gestes ritualisés. Ce patrimoine humain demeure la clef de voûte d’une mémoire agricole encore vivace : en témoignent les grandes tablées lors de la Fête du Foin ou du Concours agricole local.
Les vignobles en coteaux, riches en jacquère et en altesse, révèlent une autre facette de la commune, teintée d’audace et de résilience. Si le vin de Savoie n’a jamais eu la notoriété bourguignonne, il fut longtemps le vin du partage, du casse-croûte, du mariage. Toutefois, autour des années 1970–80, un enjeu se dessine : de nombreux petits vignerons risquent de disparaître sous l’effet de l’exode rural et des crises agricoles.
C’est alors qu’émerge, sur le modèle voisin de Chignin, la volonté d’une poignée de vignerons de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier de se regrouper pour continuer à exister. Le nom qui revient ? Jean-Pierre Lagier. Ce cultivateur-vigneron, formé aux méthodes de l’œnologie moderne à la station agronomique de Gilly, joue un rôle moteur lors de la fondation de la coopérative locale en 1982 (source : Vignerons de la Savoie, éditions Glénat).
Impossible d’évoquer le monde agricole local sans saluer l’apport des éleveurs. L’élevage bovin, notamment de la vache tarine, est ici une tradition séculaire. Mais des figures émergent, capables d’initier des transformations et de défendre une certaine vision du “bien-vivre” rural.
Dans les années 1970, Emile Pion, éleveur sur le hameau du Châtelet, fut l’un des premiers à s’investir dans la préservation de la haie bocagère, alors menacée par le remembrement agricole. Son action, menée de conserve avec l’association “Bocage en Savoie”, permet non seulement de conserver 4 km de haies, abris pour la biodiversité, mais aussi de sensibiliser les enfants des écoles à la richesse de ce patrimoine vert (sources : Bocage et paysages, revue FNE Savoie).
Ce travail pionnier trouve aujourd’hui un prolongement dans l’engagement de la famille Martel, derniers éleveurs à proposer un lait fermier vendu en circuit court à la FERME de Chambéry. Ils forment de jeunes apprentis dans le cadre de stages organisés par la Chambre d’Agriculture.
L’histoire agricole du village ne serait pas complète sans souligner le rôle déterminant des femmes, trop longtemps invisibilisées dans les récits savants ou officiels. À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, plusieurs cheffes d’exploitation ou membres de groupes féminins ont pourtant marqué la vie locale.
Derrière chaque figure, c’est souvent une dynamique collective qui tire Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier vers l’avant. Ces initiatives forment le creuset d’un territoire résilient et inventif.
Aujourd’hui, le monde agricole local ne manque pas de défis : transition écologique, renouvellement des générations, valorisation des circuits courts ou adaptation au changement climatique. Mais une nouvelle génération prend racine, parfois issue d’autres horizons, portant la même passion du terroir.
En 2020, la commune comptait, selon la Direction régionale de l’agriculture, 11 exploitations, dont 4 tenues par des agriculteurs de moins de 40 ans. Parmi eux, Thibaut Viallet, maraîcher en permaculture, s’est distingué par la création d’une micro-ferme diversifiée sur les anciennes friches du Sautet. Sa démarche écologique, alliant agriculture régénérative et accueil pédagogique, attire chaque année plus de 300 visiteurs, scolaires ou simples curieux (source : La Vie Nouvelle, 2023).
Ces nouveaux venus croisent souvent l’expérience de figures plus anciennes au sein de collectifs ou de rendez-vous associatifs. Les Journées « Fermes ouvertes » ou les Agri’tours organisés sur la commune permettent à chacun de découvrir la pluralité des visages agricoles : du berger montagnard au vigneron passionné, du descendant d’une lignée séculaire au tout nouvel installé.
À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, le monde agricole n’est pas fait d’anonymes. Chaque haie, chaque vigne, chaque parcelle cache le souvenir d’un nom, d’une passion, d’un engagement discret ou flamboyant, collectif ou singulier. Ceux et celles qui ont influencé la commune le font encore, par une parole transmise, une pratique partagée, ou simplement une main tendue à la relève.
Héritiers de gestes venus de loin, passeurs d’un terroir vivant, les figures agricoles de Coise-Saint-Jean ne sont pas des héros de musée : ils écrivent, au fil des saisons, le vrai roman d’un village où la terre a encore un visage humain.