04/12/2025


Explorer la Savoie à travers les cartes : trésors des Archives départementales

Des cartes pour comprendre le territoire savoyard

La Savoie se découvre à travers ses sentiers, ses pentes et ses villages, mais aussi entre les pages silencieuses de ses archives. Parmi les richesses bien gardées des Archives départementales de la Savoie, les fonds cartographiques occupent une place unique – à la croisée de l’histoire, de la mémoire collective et de l’évolution du territoire. Que l’on soit passionné de randonnée, chercheur d’histoire locale, ou simplement curieux de mieux saisir les métamorphoses d’un village ou d’un paysage, ces cartes anciennes racontent la Savoie autrement.

Créées à Chambéry en 1796, juste après le rattachement de la Savoie à la France, les Archives départementales conservent aujourd’hui des milliers de plans, cartes et cadastres qui dessinent l’histoire du territoire année après année. De l’âge des ducs à nos jours, c’est toute une géographie vivante qui resurgit, accessible à tous ou presque.

Les grandes familles de cartes conservées à Chambéry

Au fil de deux siècles, de nombreux fonds se sont constitués, reflet des besoins des pouvoirs publics, des communes, mais aussi des particularités alpines. Voici les grandes catégories de documents cartographiques accessibles :

  • Le Cadastre : véritable pilier de la mémoire territoriale, le cadastre napoléonien, levé à partir de 1807, est le plus connu. Il existe pour chaque commune savoyarde, généralement sous la forme d’un plan d’assemblage (vue d’ensemble) et de planches détaillées (parcelles, propriétés, cultures, cours d’eau, moulins…). Les plans datent pour la plupart de 1830 à 1855, certaines mises à jour s’étendant jusque dans l’entre-deux-guerres. Source : Archives départementales de la Savoie.
  • Plans anciens des communautés : bien avant le cadastre français, on trouve parfois, pour quelques communes ou seigneuries, des plans du XVIIIe siècle, réalisés à la demande des ducs de Savoie (pour les questions de fiefs, de forêts, de pâturages…). Ces pièces sont précieuses mais plus rares – souvent dessinées à la plume, colorées, pleines de détails pittoresques (hameaux, pressoirs, raisons d’un litige…).
  • Cartes de l’état-major : issues des relevés militaires du XIXe siècle, ces cartes à grande échelle sont très utilisées aujourd’hui par les géographes, les urbanistes et les passionnés de montagne : elles donnent une photographie du relief, des voies de communication, de l’urbanisation vers 1870-1880.
  • Plans de bâtiments publics et privés : écoles, mairies, ponts, châteaux, parfois même des habitats particuliers, à travers des archives notariales ou communales. Ces plans sont riches en informations architecturales et sur la vie quotidienne.
  • Cartes thématiques : il s’agit notamment de plans d’irrigation, de réseaux d’eau, de lignes électriques, de projets d’aménagement, parfois dès la fin du XIXe siècle et jusque dans les années 1970.
  • Fonds photographiques aériens : la carte rejoint ici la photographie, notamment via les missions IGN (Institut Géographique National) réalisées à partir des années 1940-1950 – idéales pour voir “avant/après” l’urbanisation de la Tarentaise, de la Maurienne ou du bassin aixois.

Le cadastre napoléonien : la Savoie au carré

L’expression n’est pas usurpée. Quand la Savoie devient française en 1860, la nécessité d’une cartographie précise est une priorité – pour imposer le fisc, certes, mais aussi pour comprendre un territoire réputé difficile d’accès. Les campagnes de relevés débutent dès l’Empire dans certains territoires, se poursuivent sous la Monarchie de Juillet, et sont complétées par l’Administration impériale et préfectorale savoyarde. Un chiffre frappe : plus de 27 000 plans couvrent les 305 communes du département historique de la Savoie. Cela représente près de 10 km linéaires d'archives selon les inventaires de l'institution !

Chaque plan est unique. Certains foisonnent de noms disparus, d’annotations à la plume sur les fermes, les greniers, les moulins sur le Gelon, les prairies de Chignin ou les passages d’alpages entre Brégnier et Modane.

  • Ils constituent un outil privilégié pour les chercheurs en généalogie, les spécialistes du patrimoine rural, ou ceux qui s’intéressent à la micro-toponymie (étude des noms de lieux-dits et hameaux).
  • Le cadastre, mis à jour (souvent jusqu’aux années 1950), permet d’observer l’évolution foncière, l’apparition des premières usines de Maurienne, l’extension des vignes autour de Montmélian, ou la disparition de certains villages d’alpage.

La numérisation de ce fonds progresse. On peut consulter de nombreux plans en ligne depuis 2014 sur le portail des Archives départementales (plus de la moitié des communes sont déjà accessibles). Les plans y sont en haute définition et parfois accompagnés des matrices cadastrales (registres de propriété et de mutations), clé pour suivre l’histoire foncière d’une famille ou d’un quartier.

Des cartes à parcourir en salle de lecture (et en ligne)

Les Archives départementales de Savoie, installées à Chambéry rue de Saint-François-de-Sales, proposent différentes formules d’accès :

  1. La consultation en salle de lecture : ouverte à tous, sur inscription, elle permet la visualisation directe des originaux (plus de 14 000 documents cartographiques en réserve selon le dernier état des lieux publié en 2022). Une équipe accompagne la recherche, des bacs à plans sont disponibles, et il est possible de commander des reproductions papier ou numériques de qualité patrimoniale.
  2. La consultation en ligne : les inventaires détaillés sont accessibles sur le site officiel avec un puissant moteur de recherche (recherche par commune, par type de document, par année ou par thématique).
  3. Des expositions virtuelles et thématiques : régulièrement, les Archives mettent en valeur des fonds méconnus à travers des dossiers numériques. Exemple : “Cartographier la Savoie”, une exposition en ligne lancée en 2020, reste accessible dans les archives du site (source : archives.savoie.fr).
Type de carte Période principale Accessible en ligne ?
Cadastre napoléonien 1830–1950 Partiellement
Plans antérieurs (XVIIIe–début XIXe) 1770–1830 Non, sur place
Carte d’état-major Vers 1880 Oui, en partie (via Remonter le temps – IGN aussi)
Photos aériennes IGN 1940–1970 Oui (consultation laboratoire)

Quelques cartes remarquables ou insolites

Certaines cartes conservées à Chambéry sont de véritables pièces d’orfèvrerie, révélant la richesse d’un terroir ou d’une époque. On peut citer :

  • Le plan du “Bourget et ses alentours” dressé en 1733, aquarellé, où chaque domaine noble est décoré de petites armoiries peintes (source : inventaire AD Savoie, cote 6 Fi 22).
  • Les plans d’irrigation de la plaine de Chautagne (1856), illustrant la conquête de terres jusqu’alors marécageuses, témoin d’un tournant agricole majeur.
  • Le plan de la forêt du Revard (1790), où l’on distingue déjà les premières traces de pistes de traîneaux, annonciatrices de l’essor du ski savoyard…
  • Plus insolite : un lot de plans manuscrits du XIXe siècle, où figurent les fermes et cabanes dites “à la nuit”, bâties à la hâte par des bergers saisonniers sur les hauts de la Maurienne, aujourd’hui disparues.

Ces plans sont autant de témoins précis de l’évolution du paysage montagnard – des premières vignes de Chignin aux urbanisations modernes du sillon alpin.

À qui servent ces cartes aujourd’hui ?

Utilité scientifique, mémoire locale ou simple curiosité – la consultation des cartes savoyardes n’a jamais connu autant de succès. Quelques exemples de publics et d’usages :

  • Passionnés de généalogie : reconstituer un parcours familial, visualiser la maison de ses ancêtres, étudier l’évolution d’un patronyme sur les terroirs savoyards.
  • Propriétaires ou agriculteurs : retrouver les anciennes limites parcellaires, vérifier le tracé d’un canal d’irrigation, instruire un dossier de succession ou de bornage (utile en zones de friches ou de reconquête du bâti ancien).
  • Enseignants et chercheurs : intégrer l’histoire locale dans les apprentissages, comprendre les dynamiques d’urbanisation (l’exode rural, puis les vagues d’aménagement touristique depuis 1950).
  • Collectivités et urbanistes : pour éclairer la préparation de PLU (Plan Local d’Urbanisme), diagnostiquer les changements d’usage des sols, ou pour entreprendre des démarches patrimoniales (classement de sites, valorisation des petites églises rurales, etc.).
  • Citoyens curieux : raviver l’histoire d’un quartier, retrouver un chemin oublié, ou tout simplement, se perdre dans les couleurs fanées des plans et y dénicher une anecdote de terroir.

Certains usagers consultent plus de 100 plans par an aux Archives départementales, selon les statistiques de fréquentation 2021 (source : rapport d’activité ad73). L’accès élargi à la numérisation ouvre peu à peu l’exploration à tous, même à distance.

Des ressources complémentaires

  • Bibliothèque Savoie-Biblio : conserve également de cartes anciennes, parfois issues de fonds privés ou d’anciens atlas régionaux (voir www.savoie-biblio.fr).
  • Le site Géoportail : permet de superposer cartes IGN, photos aériennes, plans du cadastre, et cartes anciennes, gratuitement (voir Geoportail).
  • Les portails des Archives départementales voisines : Haute-Savoie, Isère, Ain, qui conservent parfois des fonds complémentaires.

Savourer l’histoire de la Savoie à travers ses cartes

Feuilleter une carte ancienne de Savoie, c’est ouvrir une fenêtre sur les gestes du passé et sur l’infinie patience des arpenteurs, des paysans, des bâtisseurs. À travers la précision de ces fonds cartographiques, la Savoie se donne à voir telle qu’elle fut, telle qu’elle a évolué, oscillant entre continuité paysagère et ruptures architecturales.

Le lecteur passionné, l’explorateur d’archives ou le simple promeneur trouvera, dans ces plans patiemment conservés, autant de clés pour (re)lire les vallées, comprendre la toponymie, ou simplement savourer le temps long du terroir. Qu’il s'agisse de retrouver la trace d’un verger oublié, de mesurer la progression des vignes ou d’éclairer un choix d’aménagement aujourd’hui, les cartes conservées aux Archives de la Savoie restent un outil formidable — et une invitation permanente à explorer autrement notre région.

Pour plonger plus loin dans ces trésors, rendez-vous à Chambéry, en ligne… ou à la découverte de votre propre quartier avec, pourquoi pas, une vieille carte à la main.

En savoir plus à ce sujet :