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À l’entrée du hameau de Pied-Gauthier, c’est d’abord la lumière qui attire le regard vers cette bâtisse simple, adossée à la pente douce du vignoble. Vue depuis la route, la chapelle paraît modeste : façades crépies claires, toit deux pentes à tuile écaille, petit clocher en flèche surmonté d’une croix … Pourtant, elle apparaît aujourd’hui comme un repère intime pour ceux qui traversent la commune ou y vivent. Son histoire, bien que discrète, se mêle intimement à celle de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, entre héritage religieux, mémoire villageoise, et transformations rurales.
Si l’on évoque la chapelle de Pied-Gauthier, il faut rapidement admettre que ses origines plongent dans une zone grise où l’histoire locale se confond avec l’oralité, faute de nombreux écrits. Le bâti actuel date d’une restauration majeure du XIXe siècle, mais des indices laissent penser qu'une première construction religieuse aurait existé sur ce site dès le XVIIe siècle, voire plus tôt si l’on suit le fil de la mémoire villageoise (Source : Mairie Coise Saint Jean Pied Gauthier).
Les archives départementales de la Savoie (archives.savoie.fr) mentionnent en effet dès 1675 une « chapelle de Notre-Dame de Pied-Gauthier ». Elle est alors désignée comme lieu d’accueil du culte et de rassemblement pour cette partie du village, éloignée de l’église paroissiale principale. Cela répond à un usage alors courant : implanter des petites chapelles en hameau pour faciliter la messe dominicale ou organiser des processions selon les saisons.
Jusqu’au milieu du XXe siècle, Pied-Gauthier était marqué par une forte activité agricole : vignes sur les coteaux, culture céréalière dans la plaine, petits élevages. La chapelle n’était pas seulement un lieu de prière : elle servait ponctuellement de refuge lors des orages de grêle redoutés par les vignerons, ou d’abri lors des veillées.
Tous les ans, au printemps, la tradition voulait que l’on organise une procession dite « des Rogations » pour bénir champs et récoltes. La chapelle constituait alors l’un des points d’arrêt essentiels, où l’on chantait et réciterait des prières spécifiques, guidées par le curé du bourg. Ces moments structuraient la vie du hameau et scellaient le lien entre le travail de la terre et la protection divine.
Cet usage s’est peu à peu perdu, mais il demeure dans la mémoire locale une affection particulière pour la chapelle, perçue comme une gardienne silencieuse des grands moments familiaux : baptêmes, petit pèlerinage des enfants, prières silencieuses lors des mauvais jours.
L’édifice que l’on peut admirer aujourd’hui correspond à un plan très simple, typique des chapelles rurales savoyardes :
Présente sur le cadastre napoléonien de 1825, la chapelle a bénéficié de diverses campagnes de restauration, souvent à l’initiative ou avec la participation matérielle des familles de Pied-Gauthier. La dernière réfection extérieure date de 1998, suite à une mobilisation pour prévenir les infiltrations d’eau et sauver la toiture d’origine.
À partir des années 1960, la pratique religieuse régulière dans la chapelle de Pied-Gauthier a peu à peu décliné avec l’évolution des modes de vie. Toutefois, la petite église n’a pas été abandonnée pour autant. Elle conserve une fonction symbolique forte : c’est en son sein que se tiennent encore chaque année, à la fin du mois de mai, la bénédiction des maisons et des croix rurales. Parfois, lors de la fête des voisins, les bancs ressortent et la chapelle retrouve son souffle d’antan, animée de chanson ou de lecture de textes patrimoniaux.
Par ailleurs, la chapelle est depuis une dizaine d’années au centre d’une démarche de valorisation du petit patrimoine rural, portée par la municipalité et un groupe de bénévoles. Le but : entretenir, transmettre, raconter, restaurer. Quelques actions marquantes :
Ce qui frappe dans l’histoire de la chapelle de Pied-Gauthier, c’est qu’elle “tient” bon : non pour la grandeur de ses pierres, mais pour la densité de ses souvenirs et la vitalité des transmissions intergénérationnelles qu’elle suscite. Les habitants y voient à la fois un repère, une preuve d’attachement à la terre, et un témoin de la façon dont le rural savoyard a su transformer, transmettre et s’adapter.
De chapelle oubliée à petit phare pour qui sait regarder, la chapelle de Pied-Gauthier illustre l’intérêt renouvelé pour le patrimoine du quotidien en Savoie. Ici, la démarche de valorisation n’est pas affaire de grands discours ou de médiatisation tapageuse, mais de fidélité et de petites attentions : nettoyer la pierre, poser une main sur le bois ciré d’un banc, rassembler quelques enfants pour raconter la procession des blés, ouvrir pour saluer un passant.
La chapelle continue d’être un enjeu de transmission, et certains rêvent qu’elle abrite demain à la fois des instants de recueillement et de nouveaux moments festifs, culturels, ou poétiques — à l’image d’un patrimoine que l’on ne range jamais tout à fait au grenier.
Parce que les pierres parlent et que les chapelles rurales valent la peine d’être racontées, la petite chapelle de Pied-Gauthier reste un fil d’or tissé dans la grande trame de Coise-Saint-Jean et de la Savoie vivante.