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Actualités, patrimoine et découvertes locales
Entre le Chéran et les premiers contreforts alpins, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier porte dans son cœur une collection précieuse : celle des maisons bourgeoises et des demeures anciennes, témoins muets d’une société savoyarde en pleine transformation entre le XVIIe siècle et la Belle Époque.
Franchir les ruelles du village, c’est déjà surprendre sous la patine du temps l’élégance discrète mais réelle d’un bâti à la fois solide, feutré et audacieux. Mais pourquoi et comment un "petit" village de la Portes de Savoie a-t-il vu s’épanouir ces maisons aux proportions harmonieuses, aux linteaux ouvragés et aux jardins secrets ?
Il faut pour comprendre ce patrimoine se plonger dans l’histoire régionale. Sous l’Ancien Régime, la Savoie, alors partie intégrante des États de Savoie, bénéficie d’une relative stabilité mais aussi de la proximité des routes de commerce : le sel de Moûtiers, le vin des coteaux, ou encore la laine, circulent activement entre Grenoble, Turin et Chambéry (source : Archives départementales de la Savoie).
Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier occupe sur ce réseau une place stratégique, au carrefour de la Combe de Savoie, entre les rivières et les reliefs. De ce nœud logistique découle un enrichissement progressif de certaines familles locales dès le XVIe siècle, enrichissement qui s’exprimera ensuite dans la pierre.
La maison bourgeoise à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier se distingue nettement du simple corps de ferme. Si elle conserve parfois la pierre massive et le pisé traditionnels, sa façade adopte des codes plus ostentatoires :
À la charnière du XIXe siècle, les influences s’élargissent. L’ardoise venue du Val d’Aoste remplace parfois la tuile canal, les balcons de fer forgé empruntent au goût « haussmannien », reflet de l’ouverture grandissante de la Savoie sur la France après 1860.
Plusieurs patronymes figurent dans les registres fonciers et municipaux, illustrant la montée d’une bourgeoisie locale affirmée :
Il se raconte encore aujourd’hui qu’en 1882, lors de l’incendie d’une dépendance, une chaîne humaine de quarante personnes fit le tour de la place du village pour sauver la bibliothèque de la « maison de maître » des Flamand, alors dépositaire des archives du village.
Si beaucoup de ces résidences sont demeurées privées et parfois remaniées au fil des ventes et des siècles, il existe quelques initiatives de valorisation. À Coise, comme dans de nombreux villages de la Combe, la municipalité a multiplié, dans les années 1980-2000, les mesures d’inventaire du bâti ancien via le service de l’Inventaire Général de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, sous la houlette de la DRAC Auvergne-Rhône-Alpes.
Parmi les défis récents : la rénovation énergétique, la sauvegarde des décors intérieurs (boiseries, cheminées, papiers peints du XIXe siècle), la gestion des jardins historiques parfois morcelés lors des héritages successifs.
Vivre ou simplement côtoyer ces maisons aujourd’hui, c’est habiter un palimpseste : celui d’un village qui conjugue tradition rurale et vie « bourgeoise » à la savoyarde. Chaque façade, chaque seuil usé raconte des choix et des destins : comment l’essor du commerce chalonnais, de l’industrie de la chaussure de Montmélian, ou encore le passage fugitif de personnalités (parmi lesquelles l’abbé Joseph Rambaud, célèbre historien local, venu en visite en 1912 – source : « Annales de la Savoie » 1913) ont façonné, génération après génération, le visage du bourg.
Ce sont aussi des lieux traversés de rumeurs et de souvenirs : une cave où se cache un vieux pressoir, un grenier dont les bois satisferaient encore aujourd’hui un menuisier, un corridor illuminé l’après-midi par une lumière de vitrail. Beaucoup de ces maisons accueillent désormais familles, restaurateurs, artisans… Leur préservation passe parfois par la location saisonnière, tout en veillant à préserver la mémoire du lieu.
Si la plupart de ces demeures ne se visitent pas « officiellement », il suffit de musarder le long de la rue Saint-Jean, de la placette centrale ou du passage de la Chapelle pour en saisir le charme. Quelques idées pour découvrir ce patrimoine par soi-même :
Dans ce territoire où la nature reprend parfois le dessus sur la pierre, les maisons bourgeoises et leurs annexes rappellent, aujourd’hui encore, que la prospérité d’un village ne tient pas qu’à sa situation mais à l’histoire humaine tissée dans les murs, griffée sur les linteaux, et gravée dans la mémoire collective.
Retrouvez plus de détails et témoignages dans les fonds des Archives départementales et lors des expositions estivales à la salle communale, pour entrer dans l’intimité de ces demeures qui font la saveur et l’orgueil discret de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier.