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S’il est une période qui a bouleversé la destinée de notre village, c’est bien celle des deux guerres mondiales. Entre montagnes et Isère, la commune de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier a vu passer, entre 1914 et 1945, des vagues profondes de changements, de chagrins et de courage ordinaire. Comme ailleurs sans doute, mais avec ses accents, ses hommes, ses silences, ses pierres, et cet art savoyard de tenir bon.
La mémoire des guerres se lit ici dans les monolithes des monuments aux morts, dans les noms gravés, dans les maisons autrefois vides de leurs hommes, mais aussi dans les paysages agricoles modifiés, l’industrie toute neuve, l’organisation sociale, et ces rendez-vous qui irriguent toujours la vie de la commune. Déplier, raconter, mettre en lumière cette histoire n’est pas un exercice d’archives centenaire : c’est mesurer où palpite encore la mémoire, et comment elle façonne notre aujourd’hui.
Lorsque la mobilisation générale est décrétée en août 1914, la vallée de l’Isère, comme tout le département de la Savoie, voit partir ses hommes entre 18 et 45 ans. Dans la commune de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier (alors souvent désignée par « Coise », avant la fusion officielle de 1832 puis la séparation de 1913), la majorité des jeunes hommes valides partent au front, principalement affectés dans les régiments d’infanterie alpine – tel le 97e RI de Chambéry, ou le 70e de Grenoble (source : Mémorial GenWeb).
Les champs se retrouvent orphelins de bras. Les femmes, les enfants, les anciens prennent le relais, transformant temporairement (et durablement, parfois) la structure du travail agricole et familial. Des lettres ont circulé, parfois confiées au hasard d’un passant entre Chambéry et la vallée, témoignant d’une angoisse, d’un espoir, et de ce lien tenace au pays.
Le monument aux morts de la commune, inauguré en 1921, gravera pour l’éternité les noms de 36 jeunes tués ou disparus (source : Monuments aux morts en Savoie). Une hémorragie silencieuse sur une génération : des familles meurtries, des villages entiers qui ne s’en remettront jamais tout à fait.
La Seconde Guerre mondiale frappe la commune différemment. Si la mobilisation est à nouveau décrétée en 1939, nombre de familles sont déjà marquées par la mémoire récente des pertes de 1914-1918, et la peur de tout recommencer. Les hommes mobilisés partent au 13e bataillon de chasseurs alpins ou sont affectés dans des unités de mobilisation de l’armée française de l’Armistice, qui patrouillera brièvement dans la vallée.
Après l’armistice de 1940 et l’Occupation, la région est divisée entre la zone italienne (jusqu’en 1943) puis allemande. La Savoie devient un territoire de passage clandestin, de résistances autant que de réquisitions. Les privations alimentaires sont sévères : la commune doit livrer une part de ses récoltes, les tickets de rationnement font partie du quotidien, et le troc devient monnaie courante (source : Mémoire Alpine).
| Période | Chiffres clés | Faits notables |
|---|---|---|
| 1914-1918 | 80 mobilisés, 36 morts | Déclin des vignes, coopératives agricoles créées, absence générationnelle |
| 1939-1945 | 10 STO, plusieurs résistants/rebelles | Caches de réfractaires, rafle de 1944, familles reconnues Justes |
Les cicatrices ne sont jamais qu’effacées : elles épousent les ondulations du paysage, structurent la vie sociale, parlent dans les regards. Si les deux conflits mondiaux ont parfois donné des années mortes, ils ont aussi creusé le sillon d’une solidarité. Aujourd’hui, sur la place du village, un arbre a été planté en hommage à la paix. Il pousse à côté du monument aux morts – symbole « d’un temps pour se souvenir et d’un temps pour semer à nouveau », comme l’écrivait un instituteur local dans les années 1970.
La commune s’est transformée. Elle compte aujourd’hui plus de 1100 habitants (source INSEE), des vignes rénovées, des industries légères qui ont émergé dans l’après-guerre, et un tissu associatif dynamique où perdure l’esprit de partage. Les guerres mondiales ont marqué la terre, mais aussi l’élan d’aller de l’avant. Sous la douceur des collines et l’ombre bleutée du Mont Charvin, le goût de vivre ensemble et de ne rien oublier veille encore.