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Lavoirs de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier : Traces d'eau, mémoires de pierre

La tradition des lavoirs en Savoie : repères essentiels

Autrefois, le lavoir constituait à la fois un équipement municipal—souvent construit à partir du XIXe siècle, suite aux lois sur l’hygiène publique (à partir de la loi de 1851 sur les lavoirs)—et un cœur battant pour la vie sociale, surtout en région rurale. En Savoie, on estime que plusieurs centaines de lavoirs furent construits entre la moitié du XIXe et la fin du XXe siècle. Pourtant, si dans les années 1950 la plupart des villages en comptaient au moins un et souvent plusieurs, leur nombre a chuté depuis lors, avec la généralisation de l’eau à domicile et de la machine à laver. La commune de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, avec ses 1 300 habitants environ (INSEE, 2021), n’a certes pas aligné de grands lavoirs monumentaux comme en vallée, mais elle a su maintenir un réseau ancré dans la topographie des hameaux et des ruisseaux.

Combien de lavoirs subsistent à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ? Localisation et typologie

  • Le lavoir du Chef-lieu : Situé à proximité immédiate de la Mairie, en aval de la route principale, il est l’un des mieux conservés et régulièrement entretenu. Sa toiture à deux pans et ses margelles de pierre témoignent d’un souci de durabilité. Alimenté par une dérivation de la rivière Coisetan, il a servi jusqu’aux années 60.
  • Le lavoir de Saint-Jean : Moins connu—et pourtant facilement accessible à pied depuis le centre—ce lavoir, adossé à un mur de vigne, dévoile une cuve en béton profond et une structure ouverte. Il rappelle que chaque hameau avait son point d’eau, facilitant l’accès pour les familles dispersées sur le coteau.
  • Le petit lavoir de la Chavanne : Discret, à la lisière d’un bosquet, il illustre les lavoirs paysans : simple bassin rectangulaire protégé par une toiture légère, alimenté par un mince filet d’eau. C’est un exemple typique d’ouvrage rural fonctionnel, destiné à un petit groupe de maisons.
  • Le lavoir de Montperlet : Bien que partiellement ruiné, on en devine encore la structure grâce à quelques pierres de taille et au bassin enfoncé dans la roche. Sa restauration figure parmi les projets évoqués lors des conseils municipaux récents (voir le rapport municipal du 25/04/2023, mairie de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier).

En résumé : la commune conserve actuellement quatre lavoirs identifiables, tous d’époque XIXe siècle, avec des restaurations menées dans les années 1990 pour les plus fréquentés. Certains hameaux possédaient autrefois de simples auges ou « bailles » aujourd’hui disparues.

Comment reconnaître un lavoir ancien ? Méthode d’identification

La palette des lavoirs savoyards se révèle à qui sait observer quelques indices :

  • 1. Implantation en aval ou près des sources :
    • Ils sont toujours bâtis « à l’eau », souvent sur un ruisseau ou une dérivation, parfois sur une simple résurgence.
    • À Coise, la présence d’un bassin pierreux à l’écart du cœur de village, ou en contrebas d’une rue, trahit souvent l’existence d’un ancien lavoir. Le choix du site dépendait parfois de la possibilité de récupérer les eaux usées en aval pour l’arrosage.
  • 2. Matériaux :
    • Jusqu’au début du XXe siècle, la pierre du cru—généralement calcaire ou grès local—constitue le socle, pour ses propriétés d’étanchéité et sa résistance.
    • Les toitures étaient d’ardoise ou de tuile canal, selon les ressources locales ; certains lavoirs présentent encore une charpente en chêne ou châtaignier, parfois ornée de sculptures rustiques.
  • 3. Architecture propre :
    • La plupart sont de plan rectangulaire, bordés de bancs de lavage inclinés (les « planches à laver » d’origine sont rarement conservées mais leurs supports, oui).
    • Leur toiture est souvent à double pente—pour protéger des intempéries tout en laissant passer la lumière.
  • 4. Signes d’usage collectif :
    • Graffiti anciens, traces d’usure des margelles, rigoles d’écoulement taillées dans la pierre, ou même, sur certains, des plaques commémoratives posées à l’occasion de restaurations récentes.

Pour aller plus loin, le site Mémoire – Inventaire général du patrimoine culturel rassemble descriptions et clichés sur les lavoirs savoyards, dont plusieurs en Combe de Savoie.

Les lavoirs : reflets d’une sociabilité villageoise

Leur utilité première—laver le linge—cache une fonction sociale : à l’époque où chaque foyer puisait encore l’eau au puits, le lavoir représentait un lieu d’échanges informels, de transmission orale, voire de petits potins. Le terme même de « bugne », parfois employé dans la région pour désigner le lavoir, évoque cette vie autour de l’eau partagée. Au début du XXe siècle, le Journal de la Savoie (édition du 27/02/1907, consultée aux Archives départementales de Savoie) relatait que les jours de lessive—les « grands lessives » à la cendre—étaient autant d’occasions de prendre le pouls du village, d’y sceller des solidarités féminines, ou de tramer quelques légendes sur le quartier…

Un exemple remarquable : lavoir et solidarité en 1936

Dans les carnets de la famille Besson, transmis aux archives communales, figure une anecdote à propos du lavoir du Chef-lieu au printemps 1936 : lors d’une crue particulièrement forte de la Coisetan, ce sont les habitants eux-mêmes qui, armés de pelles et de sacs de sable, ont protégé la fontaine et son lavoir—cette mobilisation spontanée a façonné l’attachement des habitants pour « leur » lavoir.

Lavoirs et patrimoine rural : enjeux de préservation et curiosités d’aujourd’hui

À l’heure où tant de lavoirs tombent en ruines ou sont absorbés par la végétation, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier s’efforce de préserver le sien comme un repère de mémoire communautaire. La commune s’est engagée, dès 1994, dans un programme de rénovation financé en partie par le Département (source : bulletin municipal, 1995), avec entretien ponctuel assuré par la commune et parfois les associations locales. Le lavoir du Chef-lieu fait aujourd’hui partie du circuit patrimonial proposé par l’Office de Tourisme Cœur de Savoie (coeurdesavoie.fr), tandis qu’un projet de sentier pédestre « circuit des lavoirs » est à l’étude, articulant découverte du patrimoine bâti et sentier d’interprétation du paysage et de la rivière.

Comment agir pour préserver ce patrimoine local ?

  • Participer aux visites guidées et balades commentées (souvent annoncées lors des Journées du Patrimoine).
  • Informer la commune ou les associations d’éventuels besoins d’entretien ou de dégradations observées sur ces sites.
  • Valoriser ces lieux lors de la réalisation de parcours éducatifs pour les écoles ou d’ateliers (ex. : découverte du lavage à l’ancienne, organisation de veillées patrimoniales).
  • Sensibiliser à l’importance de l’eau dans l’histoire locale, thème également abordé dans « Eau et patrimoine en Savoie » (site Château des Ducs de Savoie).

Poursuivre la quête… Entre pierres et bruissements d'eau

Explorer les lavoirs de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, c’est feuilleter les pages d’une histoire discrète, cousue de gestes quotidiens et de rencontres à fleur d’eau. Chaque lavoir possède sa signature—la patine de la marginale, l’éclat d’une source, la quiétude de sa pierre sous le soleil des saisons. Qui prend le temps de les rechercher, les observer, y percevra l’écho obstiné d’une vie locale, attentive à ce qui fait lien. Ces humbles témoins invitent à redécouvrir autrement le village, à suivre, le temps d’une balade, le chemin de l’eau et celui de la parole partagée.

Sources principales : Archives municipales de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ; Inventaire du patrimoine de Savoie (Département, 2017) ; Base POP, Ministère de la Culture ; Office de Tourisme Cœur de Savoie.

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