Faire pousser ses racines : la vraie vie des stages hospitaliers en médecine
Dans les couloirs carrelés de l’hôpital, sous les blouses blanches, les étudiants en médecine vivent leurs premiers grands frissons du métier. Là, dans la rumeur...
Actualités, patrimoine et découvertes locales
Traverser Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, c’est plonger dans un paysage tissé d’histoire et d’alluvions, où chaque ruelle porte la trace de gestes oubliés. Si le hameau se fait discret entre collines et vignobles, c’est bien dans ses ateliers, au fil du Gelon, que la vie, pendant des siècles, a bourdonné autour de métiers dont il ne reste parfois que les noms sur les actes anciens et les pierres usées par le quotidien.
Le bourg et ses écarts, de Montjouvin à Chéran, furent longtemps un microcosme vivant : communautés agricoles, petits marchands, laboureurs, mais aussi toute une galerie de métiers aujourd’hui disparus, ciselant une vie locale qui n’a guère laissé de traces dans les manuels.
Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, comme nombre de villages savoyards, a longtemps été entouré de vignes, dont les anciens cadastres portent encore les noms de “vignes de la colline” et “la Côte”. À la fin du XIXe et jusqu’au début du XXe siècle, les tonneliers étaient essentiels. À eux les copeaux de chêne, les cercles de châtaignier et la rythmique du maillet. Impossible d’imaginer des caves sans tonneaux, alors que la viticulture faisait vivre jusqu’à 40 familles en 1910 sur la commune (source : Archives Départementales de la Savoie).
Aujourd’hui, plus de traces de ces ateliers de copeaux si ce n’est l’ancienne “rue du Tonnelier” sur un plan usé.
Les grandes surfaces boisées de la commune, notamment du côté du Chéran, furent longtemps le terrain d’un savoir-faire aujourd’hui totalement éteint : celui de la production de charbon de bois par les charbonniers. On trouve mention, dans les recensements de 1846 et 1861, d’au moins trois familles vivant de ce métier (source : “Mémoires et traditions de la Savoie rurale”, P. Ducret, 1999).
S’il reste encore quelques brebis sur les pentes voisines, le métier de berger tel qu’il était pratiqué—transhumance à pied, nuits sous abri sommaire, agneaux dans le clocher pour la Saint-Jean—n’existe plus. Au début du siècle dernier, le recensement de 1906 mentionnait plus de 200 ovins sur la commune, pour trois familles spécialisées dans l’élevage et la conduite de troupeaux (Source : INSEE, Savoie).
Disséminés de ferme en ferme, les tisserands à bras venaient auparavant proposer leur service chaque automne. Leur spécialité à Coise ? Transformer la laine noire des brebis en drap grossier, les “burats”, rudimentaires mais si résistants à la bise des Bauges (source : “La vie quotidienne en Savoie au XIXe siècle, J. Viallet, 1986).
La dernière trace remonte aux années 1930 ; les draps manufacturés, importés de Lyon, coulèrent ce métier dur mais vital, lui aussi oublié.
Personnage haut en couleur, le rémouleur parcourait jadis tous les villages de la combe de Savoie. À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, il était attendu chaque printemps à l’occasion de la foire de la Saint-Jean. Vers 1905, un registre mentionne son passage annuel payé en monnaie… ou en fromage ! (source : Archives Paroissiales, registre des comptes, 1903-1911).
Les archives communales font mention de l’“arracheur de dents” en 1821 et d’un perruquier en 1854, tous deux itinérants :
Leur disparition s’explique par la montée en puissance des médecins et coiffeurs professionnels dès la IIIe République.
Croiser aujourd’hui ces métiers sur les anciens registres paroissiaux ou dans les témoignages d’aînés revient à tenter de saisir, à travers les mots, un parfum, un geste – parfois même une croyance. Leur disparition raconte la modernité, mais aussi la fragilité de certains savoir-faire. De nombreux outils demeurent exposés au Musée de la vigne et du vin de Montmélian ou lors de la fête du patrimoine à la Maison Forte de Myans.
La Savoie rurale, longtemps isolée du monde, fut un laboratoire d’innovation populaire, où l’on recyclait tout, avançait au rythme des saisons, échangeait plus qu’on achetait. On en garde le goût de la fête et du coup de main, héritage précieux à préserver face au grand effacement des mémoires paysannes.
Retrouver ces métiers, c’est se rappeler combien le quotidien de nos villages fut complexe, inventif, tissé de mains habiles et de patience. Un savoir qui, s’il ne se transmet plus dans les gestes, continue de nourrir notre regard sur la Savoie d’aujourd’hui et de demain.