Faire pousser ses racines : la vraie vie des stages hospitaliers en médecine
Dans les couloirs carrelés de l’hôpital, sous les blouses blanches, les étudiants en médecine vivent leurs premiers grands frissons du métier. Là, dans la rumeur...
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Entre les chemins frôlant les vignes et les sentiers boisés, il plane, à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, une impression de persistance douce du passé. Ici, les pierres de granit et les feuillages murmurent encore les noms de métiers disparus, qui ont longtemps structuré l’économie et forgé l’identité de notre coin de Savoie. Redonner vie à ces gestes oubliés, c’est offrir une passerelle entre histoire et présent, et comprendre ce qui façonne, en profondeur, le caractère de ce village niché entre Combe de Savoie et vallée du Gelon.
Difficile d’imaginer, en 2024, que Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ait été un village aussi attaché à la vigne qu’à la montagne. Pourtant, jusqu’au début du XXe siècle, la culture de la vigne occupait la majorité des coteaux bien exposés, en étroite complémentarité avec la polyculture vivrière et l’élevage (Archives départementales de la Savoie). Les quelques parcelles de vignes encore entretenues rappellent que cette activité fut, jadis, une affaire d’équilibre familial et de réseaux locaux.
L’arrivée du phylloxéra dans les années 1880-1900 (source : Vins de Savoie) et la lente déprise rurale ont scellé le destin de ces vignes. En 1905, on compte déjà moins du quart des surfaces plantées par rapport à 1870. Les familles, privées de complément de revenus viticoles, émigrent ou se reconvertissent.
L’économie pré-industrielle du village s’appuie aussi sur la mobilité. Avant que le rail ne relie Chambéry à Montmélian, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier était à la croisée de petites routes stratégiques : la route du sel, du vin, du bois (source : Le patrimoine rural savoyard, éditions La Fontaine de Siloé).
Si la trace des muletiers et rouliers s’estompe dès 1860 avec l’essor ferroviaire, quelques descendants se souviennent encore de l’odeur du cuir des selles, des haltes à la Fontaine Rousse et du tintement matinal des sabots dans la brume.
Un autre métier oublié qui tenait le haut du pavé, littéralement, est celui de maréchal-ferrant. Jusqu’aux années 1950, toute bête de somme ou de trait passait, chaque saison, entre les mains expertes du “ferrand”. Outre la question des sabots, le maréchal de village intervenait aussi sur la forge, réparant charrues, herses, et outils agricoles.
On disait même qu’un bon maréchal-ferrant préservait la santé d’un troupeau… et l’équilibre de tout le hameau.
Ici, les pentes du Haut-Gelon ont été, très longtemps, le domaine des chèvres, puis des brebis et vaches tarines. Le métier de berger, souvent saisonnier, façonnait le rythme social du village.
En 1920, plus de 70 % des familles possédaient du bétail, selon les données issues des recensements agricoles anciens (INSEE).
Les métiers du bois forment une véritable mosaïque dans la mémoire économique de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier.
La lente mécanisation agricole et l’essor des matières industrielles (acier, plastique) dans les années 1950 sonnent le glas de ces métiers du bois, mais il subsiste, ici et là, une poignée d’outils, quelques morceaux de mémoire.
On aurait tort, enfin, d’oublier le rôle majeur des femmes, qui tenaient autant la ferme que la maisonnée. Leur savoir-faire couvrait bien des métiers “invisibles”, mais pourtant clé :
Ce tissu de métiers oubliés ne s’efface jamais complètement. Dans la fête du village, on croise parfois un stand de vieux outils, une démonstration de tonte ou de fabrication de beurre à l’ancienne ; dans les échanges, de famille en famille, circulent encore récits et photos sépia.
Des associations locales, telles que la Société des Amis du Vieux Coise, œuvrent à documenter ces activités et à sauvegarder les traces tangibles du passé (archives, outils, témoignages oraux…). Quelques fermes en conversion bio ou en circuits courts renouent même, parfois, avec l’esprit de ce patrimoine rural.
Parler des métiers oubliés, ce n’est pas céder à la nostalgie, mais comprendre ce qui tisse un lien puissant entre paysage, économie, et mémoire. Les mutations du XXe siècle – exode rural, mécanisation, fin de la polyculture – ont bouleversé ce fragile équilibre, mais la force des racines demeure. Les nouveaux habitants, les amoureux du coin, inscrivent à leur façon une page contemporaine dans ce récit commun.
Évoquer les vignerons coopérateurs, les femmes sur les marchés ou les sabotiers, c’est rappeler la force de l’entraide, la flexibilité face à l’inattendu, la capacité à adapter et renouveler son art de vivre. Dans le bruissement des feuilles et le silence feutré des granges, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier porte encore, discrètement, l’empreinte de ces vies laborieuses – et invite tout curieux à tendre l’oreille, et l’œil, pour en saisir l’écho.