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Figures marquantes et bâtisseurs de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier : Un village façonné par ses notables

L’héritage des familles fondatrices au fil des siècles

Nichée entre la vallée de l’Isère et les premiers contreforts du Mont Blanc, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier a, depuis toujours, attiré les regards de familles ambitieuses venues s’implanter au cœur de ce paysage vivant. Dès le Moyen Âge, la destinée du village fut intimement liée à quelques maisons patriciennes, dont le nom résonne encore dans la mémoire collective.

Parmi les familles historiques qui ont imprimé leur empreinte, citons les De la Rochette et les Du Clos. Leur implication ne s’est pas limitée à la gestion des domaines ou à l’administration locale ; ce sont elles qui, par le financement d’églises, de ponts ou de moulins, ont peu à peu structuré le territoire. Le château de Coise, dont subsistent plusieurs vestiges, fut longtemps la pièce maîtresse du dispositif défensif local, tandis que les échanges entre la Combe de Savoie et la Maurienne favorisaient l’enrichissement du village.

  • Au XVIIe siècle, les De la Rochette participent au financement du premier presbytère de l’église Saint-Jean-Baptiste (archives départementales de la Savoie).
  • Au XIXe siècle, l’arrivée de familles de notaires et d’industriels liés à la soierie chambérienne dynamise la vallée, apportant de nouvelles idées et des capitaux.

Si les archives parlent peu de la vie quotidienne, elles mentionnent ces femmes et hommes pour leur esprit d’initiative, d’entraide et leur capacité à mobiliser la population pour des causes collectives : scolarisation à la fin du XIXe, création des premières sociétés d’irrigation ou développement du vignoble.

Les élus bâtisseurs : maires et conseillers, chevilles ouvrières du progrès

Depuis l’instauration des conseils municipaux en Savoie, après le rattachement à la France en 1860, il existe une lignée d’élus locaux qui ont su tirer parti de leur connaissance du terrain. Parmi eux, plusieurs noms reviennent avec force dans les délibérations et la mémoire populaire.

  • Jean-Marie Besson (maire de 1944 à 1959) : Figure de l’après-guerre, Jean-Marie Besson dirige la commune durant vingt années de reconstruction et de modernisation. C’est lui qui impulse la création de la première coopérative agricole, encourageant l’évolution vers l’arboriculture et la viticulture (source : archives communales, délibération du 7 mai 1947).
  • Bernadette Amoudru (adjointe, 1995-2008) : Engagée dans le tissu associatif local, elle contribue à la modernisation de l’école primaire et œuvre pour la préservation du patrimoine. Sous sa houlette, la commune obtient son premier label “Village fleuri”.
  • Alfred Claret (maire, années 1970) : Il marque les esprits par la rénovation du lavoir et la création de la salle des fêtes, cœur de la vie sociale du village.

Le rôle des élus est loin d’être figé aux dossiers administratifs. Beaucoup, enseignants, agriculteurs ou artisans avant leur mandat, auront fait montre d’une remarquable capacité d’écoute et de visionnaire, incarnant ce lien subtil entre transmission et modernité.

Les maîtres du vignoble et le renouveau agricole

Impossible d’évoquer les notables de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier sans parler des bâtisseurs du vignoble et des artisans du terroir. Les coteaux de la Combe de Savoie sont aujourd’hui reconnus pour leurs vins blancs et rouges de caractère, bénéficiant de l’appellation Vin de Savoie.

  • La famille Dupraz : Présente sur le coteau depuis le XVIIIe siècle, elle contribue à l’essor du cépage Jacquère dans la commune, notamment après le phylloxéra du XIXe siècle qui détruit une grande partie des anciennes vignes savoyardes (source : Comité Interprofessionnel des Vins de Savoie).
  • Jean-Louis Barrelet : Pionnier de la viticulture raisonnée dans les années 1990, il sera l’un des premiers à relancer la plantation du cépage Mondeuse sur les pentes du Barioz, favorisant des pratiques respectueuses des sols.
  • Syndicat de l'irrigation : Créé dans les années 1950, il regroupe de nombreux agriculteurs locaux pour optimiser l’accès à l’eau, condition sine qua non de la prospérité agricole. On lui doit, entre autres, la modernisation des canaux (béalières) et la mutualisation des pompes.

Les paysans notables d’aujourd’hui n’hésitent plus à s’engager dans la vie communale, assumant parfois même des responsabilités d’élus ou dans le milieu associatif, fondant ainsi cette belle tradition d’imbrication entre production, transmission et ouverture à l’autre.

Curés et enseignants : passeurs de mémoire et d’identité

Longtemps, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier a été animé par la figure incontournable du curé de paroisse, pilier de la communauté et fédérateur d’initiatives sociales. La mémoire locale garde le souvenir de personnalités aussi dynamiques qu’exigeantes, qui, depuis la Révolution jusqu’aux années 1970, ont fait de l’église un foyer vivant.

  • Abbé Auguste Favre (curé de 1937 à 1955) : Il organise, dès l’avant-guerre, des œuvres caritatives et, avec les dames du village, la fête du pain et la collecte pour la Croix-Rouge pendant la Seconde Guerre mondiale (source : Bulletin paroissial, 1942).
  • Marie-Louise Gonthier (institutrice, 1925-1963) : Elle marque des générations d’enfants ; son engagement en faveur de la mixité, l’ouverture sur la musique et les arts a inspiré de nombreuses familles. On lui doit la création de la bibliothèque scolaire en 1951.
  • Paroisse Sainte-Marie-de-la-Savoie : Aujourd’hui encore, les activités paroissiales structurent la vie du village, perpétuant cette tradition initiée il y a près de deux siècles.

À travers leur action, ces figures ont su transmettre des valeurs, assurer la continuité des savoirs, mais aussi porter la parole des plus modestes aux oreilles des décideurs.

Entre cafés, commerces et solidarités : l’influence des figures populaires locales

Tous les notables n’ont pas été maires ni prêtres. La mémoire du village est tissée des souvenirs de ces bistrotiers, commerçants, artisans qui, à leur manière, ont contribué à façonner la vie locale et son dynamisme. Leur rôle, bien que plus discret dans les annales officielles, s’avère tout aussi marquant dans l’histoire collective.

  • Famille Rolland : Dès le début XXe siècle, le café Rolland devient la “maison du peuple”. On y scelle la création du premier club de boules, on y discute politique locale, on y organise les fêtes patronales. Jusqu’aux années 1990, il demeure le principal point de rencontres intergénérationnelles.
  • Marthe Rey, épicière de 1948 à 1983 : Figure incontournable pour sa solidarité. C’est dans sa boutique que l’on croise autant les viticulteurs que les instituteurs, et qu’ont lieu de nombreuses collectes : solidarité lors de la tempête de 1954, aide aux sinistrés de la crue de l’Isère en 1970 (source : journaux régionaux L’Essor Savoyard).

Cet ancrage dans les gestes quotidiens, dans la petite histoire de chaque famille, symbolise la force tranquille du « petit notable », capable de rassembler, d’apaiser ou de faire avancer la communauté autrement que par les titres officiels.

Les bâtisseurs d’hier, les inspirateurs d’aujourd’hui : une dynamique perpétuelle

Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, comme tant de villages de Savoie, doit beaucoup à ces hommes et femmes à la parole rare, aux décisions simples mais visionnaires. Aujourd’hui encore, cette dynamique se perpétue :

  • Jeunes agriculteurs bio qui relancent la polyculture et l’agritourisme, à la croisée de la transmission et de l’innovation.
  • Associations patrimoniales telles que “Les amis de Saint-Jean” qui restaurent et valorisent la chapelle, les sentiers et organisent chaque été des journées redécouverte (source : site officiel de la commune).
  • Collectif pour la mémoire orale qui enregistre depuis 2016 la mémoire des plus anciens, sauvant les anecdotes et les récits qui ne s’écrivent nulle part, mais qui nourrissent l’âme du village.

Plus qu’une simple énumération de noms, le cheminement de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier est jalonné par la diversité de ses talents, le dévouement de ses bâtisseurs, la force d’un collectif en mouvement. Les notables d’hier et d’aujourd’hui ont cela en partage : donner, transmettre, imaginer le futur dans le respect des racines et la beauté d’un terroir vivant.

Sources principales : Archives départementales Savoie, Comité Interprofessionnel des Vins de Savoie, Bulletin paroissial, L’Essor Savoyard, site officiel de la commune de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier.

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