01/03/2026


Trésors de pierre et de mémoire : ce qui rend le bâti de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier unique

Un village entre collines, vignes et histoire vivante

Ici, la lumière se pose différemment sur les toits, les pierres parlent à voix basse et l’histoire s’enracine à même les murs. Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, lové entre les premiers reliefs des Bauges et la plaine de l’Isère, offre à qui prend le temps de s’y promener une palette rare de patrimoine bâti. Au détour de ses ruelles, l’héritage savoyard s’affiche sans ostentation mais avec une générosité certaine : chapelles, maisons vigneronnes, châteaux discrets, lavoirs humbles ou fiers ponts de pierre. Il ne s’agit pas ici de “grands monuments” au sens touristique ; la force de Coise-Saint-Jean tient dans la somme de ses témoins architecturaux, modestes parfois, toujours authentiques.

Les anciens villages de Coise : une géographie du bâti

Coise n’a jamais été un village “rassemblé” au sens strict. Son territoire – je vous l’apprends si vous êtes curieux de notre toponymie – est composé de deux entités historiques : Coise et Saint-Jean-Pied-Gauthier, fusionnées en 1832. Les deux bourgs principaux, leurs hameaux "accrochés" aux coteaux (La Curiaz, Monthoux, le Replat, etc.), incarnent toute la variété des constructions rurales savoyardes.

  • Le bourg de Coise est doté d’une église imposante, de grandes fermes et de maisons de maîtres typiques des XVIIIe et XIXe siècles.
  • Saint-Jean-Pied-Gauthier réunit un habitat plus disséminé, avec de nombreux vestiges de l’architecture vigneronne : caves voûtées, granges emblématiques.
  • En tout, on compte une quinzaine de hameaux sur la commune, un tissu précieux où chaque lieu-dit propose sa “lecture” du passé.

Selon le dernier recensement de l’INSEE, la commune compte aujourd’hui 1 496 habitants (2021), mais c’est une mémoire bien plus dense que laisse deviner son bâti, souvent témoin d’une époque où les vignes et les vergers quadrillaient bien plus largement la vallée du Gelon (source : INSEE).

L’église Saint-Pierre-aux-Liens : le “cœur battant” du village

Difficile de parler de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier sans évoquer le clocher de l’église Saint-Pierre-aux-Liens. Massif et net, il domine le village ancien depuis 1845. L’église actuelle, rebâtie sur l’emplacement d’un sanctuaire roman plus ancien – attesté dès le XIIIe siècle – reflète l’évolution des goûts architecturaux savoyards au fil des siècles. Son plan est simple mais ample ; on y retrouve :

  • Une nef lumineuse, large de 11 mètres, dont les voûtes légèrement surbaissées allègent la structure
  • Un clocher-porche en pierre de taille, à flèche octogonale couverte d’ardoise (un matériau longtemps importé du Val d’Aoste)
  • Deux chapelles latérales dédiées à Saint Joseph et à la Vierge
  • Des vitraux colorés du début XXe, œuvres du maître verrier savoyard F. Barthélemy (source : Patrimoine religieux)

Anecdote qui fait sourire les anciens : en 1931, la foudre toucha le clocher... entraînant la fonte partielle de deux cloches historiques, qui durent être refondues l’année suivante par la fonderie Paccard. Aujourd’hui, leur sonnerie rythme toujours la vie de la commune.

Châteaux et maisons-fortes : témoins discrets d’une histoire mouvementée

La Savoie, terre de frontière et de passage, a vu fleurir, du Moyen Âge au XIXe siècle, de nombreux châteaux et maisons-fortes. Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ne fait pas exception, même si nombre de ses monuments sont aujourd’hui masqués par la végétation, ou réutilisés comme habitations privées.

Le château de Coise : des ruines caressées par la vigne

Perdu entre les bois du Chéran et les coteaux, subsistent les ruines du château de Coise. Cet ancien fief seigneurial fut probablement bâti au XIIIe siècle, à la même époque que le développement des implantations nobles le long de la vallée du Gelon. Son existence est attestée dans des actes de 1290, sous le nom de “Château du Seigneur de Coise” (source : Dictionnaire des communes de la Savoie, Bruno Berthier).

  • Ce qu’on en voit aujourd’hui : deux pans de mur appareillés, les soubassements d’une tour carrée et quelques restes de fossés
  • Des fragments de tuiles creuses et de céramique ont été retrouvés lors de fouilles bénévoles menées dans les années 1980
  • La toponymie “Le Château” désigne encore la colline où ses restes sommeillent

Propriété privée, le site n’est pas accessible mais il demeure un marqueur fort de la topographie locale et des récits transmis entre générations.

Maison-forte de Monthoux : quand ruralité rime avec raffinement

Au hameau de Monthoux, les promeneurs attentifs distingueront, derrière un écrin de jardins et de vieux arbres, une maison-forte du XVIe siècle, reconnaissable par ses fenêtres à meneaux et sa porte charretière voûtée. Elle a longtemps appartenu à une lignée de “notaires-châtelains”, dont les archives révèlent une vie rythmée par la gestion des vignes et le négoce local. Nul donjon ostentatoire, mais une élégance discrète : soubassements en galets du Gelon, ferronneries d’époque, et une “boulinette” – petite tour ronde signalant autrefois la présence d’un pigeonnier privé, privilège seigneurial rare.

Maisons vigneronnes et patrimoine rural : les vraies perles du village

Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier doit beaucoup de son charme à ses maisons vigneronnes, dont l’architecture est la mémoire vivante d’un terroir où la vigne a longtemps dominé l’économie. Ce qui caractérise ce bâti :

  • Une cave voûtée en pierre, en rez-de-chaussée, accessible directement depuis la rue
  • L’étable ou la soue à cochons attenante (on appelle cela “maison-bloc” dans la tradition savoyarde)
  • Un logis simple au-dessus, souvent orienté au sud pour profiter d’un maximum de soleil
  • Des galetas fermés par des volets de bois ajourés, destinés à faire sécher raisins, noix et haricots

Quelques spécimens remarquables subsistent au hameau du Replat et sur la montée menant à Saint-Jean. L’une d’elles, datée 1782, conserve encore sur sa clé de linteau les initiales de la famille Brachet, l’un des noms de vignerons les plus anciens du village (source : Archives départementales de la Savoie).

Ajoutez à cela des lavoirs et fontaines dispersés dans tous les hameaux. Ceux de La Curiaz et du Mollaret, récemment restaurés, offrent encore ce petit murmure de l’eau, invitation à la pause, à l’écoute du temps suspendu.

Le pont sur le Gelon : ouvrage modeste et mémoire de l’eau

Impossible d’ignorer le pont du Gelon, modeste mais essentiel dans la physionomie du village. Il s’agit d’un pont en pierre, à deux arches, daté du début du XXe siècle, qui a remplacé une succession de simples gués puis de passerelles en bois. Cet ouvrage, souvent inondé à l’époque des crues, était le point de passage obligatoire pour relier les deux parties du village et franchir le torrent capricieux (source : Chroniques locales, bulletin municipal 1987).

  • La pierre utilisée provient majoritairement des carrières locales, ce qui explique la teinte ocre légèrement rosée du tablier
  • Le pont a vu passer – et passeront encore – les vendanges, les troupeaux, et les souvenirs de toute une génération

Petites anecdotes et découvertes insolites du bâti local

  • La “pierre du diable”, petit bloc taillé orné d’une croix gravée, visible à l’angle d’une maison du hameau de Monthoux, serait selon la légende locale l’œuvre d’un tailleur maudit, condamné à errer pour avoir travaillé un dimanche (récit transmis par Louis Pellissier, instituteur, 1934).
  • Au-dessus de la porte de la "maison du notaire", à Saint-Jean, un cadran solaire purement décoratif, daté 1827, donne fièrement l’heure... sauf quand la brume du Gelon joue avec le soleil.
  • Certains linteaux portent encore les emblèmes du duché de Savoie : croix blanche sur fond rouge, prouesse rare à cette échelle (la Révolution ayant gommé bien des témoins héraldiques ailleurs).

Un patrimoine qui vit, se restaure, se réinvente

La commune a lancé, ces dernières années, diverses opérations de sauvegarde du petit patrimoine : restauration des fontaines, ouverture occasionnelle de chapelles privées lors des Journées du Patrimoine, inventaire photographique du bâti ancien en partenariat avec la Direction du patrimoine de la Savoie. Loin de figer le village dans une carte postale, ces initiatives rappellent combien la mémoire des lieux reste précieuse… mais fragile.

  • Les lavoirs servent désormais de théâtre à de petites animations estivales
  • Des bénévoles organisent régulièrement des visites guidées, sur demande auprès de la mairie
  • La maison vigneronne du Replat figure parmi les “édifices remarquables” dans l’Atlas du patrimoine rural savoyard (édition 2022, Savoie Vivante)

L’esprit des lieux : une invitation à la découverte

Le patrimoine bâti de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ne se dévoile pas à la hâte ; il demande d’arpenter, de lever le nez, d’écouter les histoires murmurées au détour d’un porche ou d’une voûte. C’est ce qui fait la force du village : un tissu d’architectures qui, plus que de simples monuments, incarnent l’art de vivre, la solidarité ancienne et l’attachement à la terre. De l’église fière aux maisons vigneronnes, des ruines des châteaux oubliés aux ponts jetés sur les rivières, le patrimoine raconte beaucoup plus que des siècles de pierre : il invite à aimer un paysage… et ceux qui l’habitent encore.

Pour poursuivre la découverte : guides, visites et ressources locales sont régulièrement mis à jour par la mairie et par l’association Savoie Vivante. Le meilleur conseil reste le plus simple : oser la balade, ouvrir l’œil, et se laisser porter par les détails.

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