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Les bâtisseurs discrets de l’église : hommes et femmes d’une histoire locale

Un écrin de pierre à travers les siècles

L’église actuelle de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, dédiée à Saint-Jean-Baptiste, n’est pas seulement un monument. C’est un témoin du temps – reconstruite après l’incendie de 1842, remaniée puis embellie au fil des décennies. Quand on s’intéresse aux personnes qui l’ont bâtie ou relevée, c’est tout un pan de la vie locale qui ressurgit. Les noms, parfois gravés dans la pierre ou conservés dans les archives communales, font revivre une Savoie laborieuse et solidaire.

  • L’acte de fondation : daté du milieu du XIXe siècle, il cite certains membres du conseil de fabrique, véritables maîtres d’ouvrage locaux.
  • L’importance de la reconstruction : car la toiture de l’ancienne église ayant pris feu en 1842, il fallut mobiliser toute une communauté pour reconstruire l’édifice, achevé vers 1850.
  • Des restaurations récentes : avec des campagnes de rénovation (toiture, clocher, vitraux) encore au XXIe siècle, où de nouveaux visages ont pris la relève.

Des notables engagés : prêtres et bienfaiteurs

Derrière chaque restauration ou initiative de construction, on retrouve presque toujours des hommes d’église et de notables locaux. Leur engagement ne se limite pas à la sphère religieuse : c’est aussi un acte de foi envers la commune et son avenir.

L’abbé Charles Reynard : l’âme rebâtisseuse

La catastrophe de 1842 avait laissé l’église exsangue. C’est l’abbé Charles Reynard, curé de la paroisse de 1841 à 1859, qui fut le grand artisan de la résurrection de l’édifice. On lui doit :

  • Le lancement de la souscription populaire pour financer la reconstruction dès 1843.
  • La mobilisation des familles de notables (famille Bouvier, famille Gillet selon les Archives départementales de la Savoie).
  • La supervision des travaux, en lien avec la mairie de l’époque (maire : Joseph Brunet, selon les registres communaux de 1846).

Lettre à l’évêché, rencontres auprès des paroissiens, appels à la générosité : l’abbé Reynard ne ménagea ni son temps, ni son énergie. Il est notamment à l’origine de la première pierre posée en 1847.

Des donateurs à la rescousse

Les grandes familles propriétaires de vignes et de terres apportèrent leur soutien, financier et logistique :

  • Jean-Baptiste Crozet, négociant et maire-adjoint dans les années 1850, a offert un financement pour la voûte du chœur et un calice, objets toujours inscrits à l’inventaire (Source : inventaire mobilier paroissial 1865).
  • Les familles Jullien et Bénier ont légué, par testament, des terres dont les revenus serviraient à l’entretien de l’église (Archives communales, série E).

Artisans de la pierre et du bois : la mémoire ouvrière du village

Ce que l’on sait souvent moins, c’est le rôle capital joué par les artisans locaux. Tailleurs de pierre, charpentiers ou ferronniers, parfois originaires de Coise ou des communes voisines (Cruet, Sainte-Hélène-du-Lac), ont gravé dans la pierre bien plus que leurs outils : leur histoire familiale s’entremêle à celle du bâtiment.

Léonard Vittoz, tailleur de pierre

Certains noms nous parviennent au fil des archives : Léonard Vittoz, maître tailleur de la fin du XIXe siècle, a dirigé les principaux travaux de consolidation du clocher en 1876. Il employait alors 8 compagnons, dont trois de Coise même.

  • Leur chantier dura toute une saison estivale, mobilisant aussi la jeunesse du village venue prêter main forte lors des vacances agricoles.
  • On rapporte que les pierres utilisées provenaient de la carrière du Pas-de-la-Balme, à moins de 3 km du bourg (Source : Guide du patrimoine de Savoie, 2004).

L’atelier de menuiserie de la famille Chautemps

Mieux documentée, l’intervention de la famille Chautemps (trois générations de menuisiers de père en fils, actifs de 1880 à 1970) fut décisive dans :

  • La pose du mobilier liturgique lors de la restauration de 1923 (bancs, autel secondaire, chaire à prêcher).
  • La conception de la porte d’entrée principale, aujourd’hui encore admirée pour sa qualité d’assemblage et sa robustesse (Source : archives familiales Chautemps, témoignages oraux recueillis par l’association “Patrimoine et Mémoire”).

Périodes de rénovation : initiatives collectives et modernité

L’église n’est pas restée figée dans le temps. Plusieurs vagues de rénovation ont ponctué le XXe et le XXIe siècle, chacune portée par des personnalités locales. Au fil de ces campagnes, l’accent s’est déplacé de la seule sphère religieuse à une valorisation plus large du patrimoine collectif, impliquant de nouveaux acteurs.

Années 1970 : la municipalité précurseur

  • Le maire de 1974, Roger Muguet, a impulsé une première restauration en profondeur, visant l’étanchéité des toitures et la rénovation partielle du beffroi.
  • Le conseil paroissial, et notamment la figure de Mme Andrée Collomb, institutrice à la retraite, ont lancé une collecte de fonds mémorable qui a permis l’achat d’un nouvel orgue électronique (Le Dauphiné Libéré, édition du 11 décembre 1980).

La restauration des vitraux (1995-1998)

  • C’est l’association “Les Amis du Patrimoine de Coise”, créée en 1995 sous la présidence de M. François Montfort, qui a porté ce projet, en lien avec le maître-verrier Joseph Reynaud (originaire de La Ravoire, formé à l’École des Arts de Chambéry).
  • La souscription publique, lancée en 1997, a rassemblé plus de 250 familles donatrices, soit près de la moitié du village (données extraites du rapport d’assemblée générale de l’association, 1998).

Rénovation du clocher (2012-2014)

  • La dernière restauration majeure du clocher, qui menaça sa stabilité en 2011, a mobilisé l’ensemble du conseil municipal sous la houlette de la maire de l’époque, Madame Jacqueline Bouvier.
  • Les travaux ont été confiés à l’entreprise familiale Berthet, basée à Cruet, réputée pour ses interventions sur les monuments historiques en Savoie (Source : Monuments Historiques Région Auvergne-Rhône-Alpes, rapport 2015).
  • Les enfants de l’école ont été impliqués, réalisant des dessins sur le thème de l’église, exposés dans la nef lors de la réouverture.

Anecdotes, petites histoires, et légendes orales

Quand on fouille la mémoire villageoise, ce sont aussi des anecdotes qui émergent :

  • Lors de la grande crue de l’Isère en 1957, alors que les travaux de réfection du parvis venaient de commencer, la solidarité des habitants fut exemplaire : chacun apporta des pierres pour rehausser l’escalier submergé.
  • On raconte que le coq de la girouette fut, un hiver, repeint par une “main anonyme”… Il s’agissait en fait de Gustave Lapierre, maçon retraité, qui escalada le clocher avec une simple corde, suscitant l’admiration des enfants du village.
  • Plus récemment, la restauration des fresques à l’intérieur fut réalisée par une jeune restauratrice diplômée, Elodie Perret, arrivée de Montmélian. Son intervention a permis de révéler sous les couches de badigeon quelques fleurons peints du début du XXe siècle.

Patrimoine vivant : transmettre, continuer

La construction, puis les restaurations successives de l’église de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ne sont pas l’œuvre de quelques-uns seulement. Derrière chaque pierre, chaque fresque, chaque menuiserie et chaque cloche, on trouve la persévérance de toute une communauté, soudée par un art de vivre et un sentiment d’appartenance unique à la Savoie.

Rendre hommage à ces figures, de l’abbé Reynard à Elodie Perret, c’est rappeler que la mémoire locale n’est jamais figée, mais qu’elle s’écrit au fil du temps par la contribution de chacun. L’église, lieu de rassemblement, traverse ainsi les saisons sans jamais cesser d’abriter les rêves, les prières, les peines et les élans de Coise, hier comme aujourd’hui.

Personnalité Rôle Période
Abbé Charles Reynard Curé, maître d’ouvrage reconstruction 1841-1859
Jean-Baptiste Crozet Financement mobilier et voûte 1850
Léonard Vittoz Taille de pierre pour le clocher 1876
Famille Chautemps Menuiseries, mobilier liturgique 1880-1970
Roger Muguet Maire – rénovation toiture 1974
François Montfort Président Association Patrimoine, vitraux 1995-1998
Jacqueline Bouvier Maire – rénovation du clocher 2012-2014
Elodie Perret Restauratrice fresques 2018

Pour plonger davantage dans les archives ou partager vos propres souvenirs liés à l’église, rendez-vous auprès de l’association “Les Amis du Patrimoine” ou parcourez le fonds communal, une mine d’or pour qui aime la Savoie et ses petites grandes histoires.

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