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Portraits et mémoires : ces figures qui ont marqué Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier

Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier : un terroir fertile en histoires humaines

Situé sur la rive droite de l’Isère, entre Chambéry et Albertville, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, petit village savoyard de moins de 1 500 habitants aujourd’hui, a longtemps été un point de passage entre piémont viticole et contreforts alpins. Son histoire s’ancre dans celle du duché de Savoie, puis de la France dès 1860, et s’enrichit de ces trajectoires individuelles qui croisent la grande Histoire.

Parmi les témoignages disponibles (archives municipales, Mémoires de Savoie, entretiens avec anciens villageois, ouvrages d’histoire locale), certaines figures sortent du lot, pour des raisons différentes : engagement collectif, talent artisanal ou artistique, attachement au territoire, rôle au sein de la vie communale ou résistance à des périodes troublées.

Les figures emblématiques du XIXe siècle : notables et bâtisseurs

Le XIXe siècle marque une période charnière, avec le rattachement de la Savoie à la France en 1860. À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, cette période est incarnée par des notables qui structurent l’organisation du bourg, modernisent son agriculture ou soutiennent l’éducation locale.

  • Jean-Baptiste Dantin (1819-1882) : Maire du village lors de l’annexion à la France, cet agriculteur-propriétaire s’est illustré par son engagement pour la modernisation des vignes et l’organisation du premier syndicat viticole local, dans un contexte de concurrence accrue après 1860. Source : Archives de la Mairie de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier.
  • Marie-Jeanne Bouvard (1836-1905) : Institutrice puis directrice de l’école communale, elle a accompagné la mise en œuvre des lois Jules Ferry sur l’école laïque – première femme à recevoir la Médaille du Mérite Scolaire de la commune (dossier Fondation Livet, 1903).

Des résistances et des solidarités pendant la Seconde Guerre mondiale

Le XXe siècle a vu, comme ailleurs en Savoie, le village traverser l’épreuve de la guerre et de l’occupation. Plusieurs villageois se sont distingués, parfois à leurs risques et périls.

  • Lucien Crozet (1910-1944) : Tailleur de pierre réputé, entré dans l’armée des Alpes puis engagé dans la Résistance locale, il est arrêté en décembre 1943 et déporté. Sa mémoire est honorée chaque 8 mai, devant la stèle communale (source : Musée de la Résistance de Morestel, témoignages d’anciens compagnons).
  • Georgette Mandrillon (1920-2004) : Couturière, elle ouvrit sa maison à des enfants juifs réfugiés, coordonnant avec d’autres femmes du village un réseau de solidarité discret. L’association “Mémoire et Résistance de Savoie” lui a rendu hommage lors d’une cérémonie en 1998.

Le souvenir de ces années sombres est conservé dans les familles, et plusieurs noms de rues rappellent ces engagements ordinaires. Si les sources officielles sont parfois lacunaires, la tradition orale, relayée lors de rencontres d’anciens, reste essentielle à la transmission de cette mémoire.

Patrimoine rural : inventeurs, artisans et passeurs de savoirs

Outre ses héros et héroïnes liés à la grande Histoire, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier a toujours compté de nombreux artisans et créateurs. Plusieurs d’entre eux ont laissé leur marque sur le paysage et dans la mémoire locale.

  • Émile Perret (1888-1975) : Menuisier et inventeur, à qui l’on doit la conception de l’un des premiers pressoirs hydrauliques installés dans la région, alors utilisé par la coopérative agricole locale. Ce pressoir, restauré dans les années 1990, est exposé chaque année lors de la fête du village.
  • Maurice Veyrat (1946-) : Accordéoniste, compositeur et professeur de musique traditionnelle, fondateur du groupe “Les Viellistes de Coise”, il a largement contribué au renouveau du répertoire régional, créant notamment des bals et veillées qui font encore vibrer la salle des fêtes (source : Association Savoie en Mémoires, 2018).

Ces figures de l’artisanat et du folklore, bien qu’elles ne fassent pas les gros titres, illustrent la vitalité du village dans l’entretien des traditions. Leur héritage se retrouve dans les manifestations locales et la transmission des savoir-faire.

La saga des familles vigneronnes

Vigne et vin font partie de l’âme de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier. Plusieurs dynasties locales, à travers les siècles, ont contribué à la renommée du terroir et à la défense d’une viticulture de montagne exigeante. Parmi elles :

  • Famille Gacon : Présente depuis au moins le XVIIIe siècle, elle fut à l’origine de l’extension des cépages Jacquère et Mondeuse sur le versant sud, aujourd’hui protections AOP (source : Livre “Vignerons de Savoie”, éditions La Fontaine de Siloé, 2011).
  • Pierre Favre (1932-2012) : Dernier bouilleur de cru déclaré de la commune, il a accompagné le renouveau des distillations festives, en militant pour la préservation d’un patrimoine rural en voie de disparition lors des grandes mutations agricoles des années 1970.

À travers leurs choix – de culture ou de transmission –, ces familles et personnalités rappellent que l’attachement au terroir n’est jamais figé, mais perpétuellement réinventé. Nombre de leurs descendants continuent de faire vivre le paysage autour du château de Coise et sur les coteaux.

Femmes en lumière : figures d’engagement social et local

On ne saurait évoquer Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier sans saluer le rôle des femmes dans la vie publique et associative.

  • Claire Mollard (1955-) : Présidente d’une association d’aide alimentaire pionnière, elle s’est battue, dans les années 1990, pour la création du Relais Rural, aujourd’hui point de référence pour la solidarité et la vie intergénérationnelle (source : Bulletin municipal, 1997).
  • Suzanne Mermillod (1930-2013) : Infirmière de campagne, connue pour ses tournées quotidiennes auprès des plus âgés sur toute la vallée du Gelon, elle a fortement contribué à sortir l’isolement plusieurs familles alors que la désertification médicale gagnait.

Nombre de rues, places et événements portent aujourd’hui leur nom, en hommage à leur engagement pour “le bien commun” à l’échelle locale. Leurs histoires, bien vivantes, continuent d’inspirer les plus jeunes.

Ouverture : la mémoire en partage, moteur de demain

L’histoire et l’identité de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier sont faites de ces visages et de ces voix, parfois modestes, qui toutes disent la richesse d’un village lorsque l’on sait regarder derrière la carte postale. Qu’il s’agisse de bâtisseurs, de résistants, de vignerons, de musiciens ou d’oubliés des institutions, chacune et chacun nourrit aujourd’hui encore le lien social, la solidarité et la créativité du territoire.

Faire mémoire, à Coise comme ailleurs en Savoie, c’est aussi s’inspirer de ces parcours pour renouveler notre manière d’habiter, d’agir et de transmettre. Les noms changent, les temps aussi, mais la vitalité d’un lieu repose d’abord sur la force tranquille de ses habitants, connus ou anonymes.

Sources :

  • Archives municipales de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier
  • Association Savoie en Mémoires
  • Bulletins municipaux et articles du Dauphiné Libéré
  • Ouvrage collectif “Vignerons de Savoie”, La Fontaine de Siloé
  • Musée de la Résistance de Morestel
  • Entretiens mémoire locale (familles, associations, enseignants)

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