Faire pousser ses racines : la vraie vie des stages hospitaliers en médecine
Dans les couloirs carrelés de l’hôpital, sous les blouses blanches, les étudiants en médecine vivent leurs premiers grands frissons du métier. Là, dans la rumeur...
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Entre le murmure du Gelon et l’ombre portée de la Savoyarde dans le ciel, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier a longtemps semblé être un simple point sur la carte, discret mais habité d’un souffle tenace. Sur cette terre où la vigne côtoie courges et blés, certains ont grandi avec une soif d’ailleurs, d’autres ont prolongé l’horizon du village par leur propre lumière. Ce sont eux, ces femmes et ces hommes, dont l’histoire a franchi les ponts du Gelon pour résonner dans le monde. Volontairement, ce portrait ne dresse pas une simple galerie locale ; il éclaire des trajectoires qui, chacune à sa manière, rappellent que tout village porte en lui la promesse de l’inattendu.
Parmi les figures notoires du XIXe siècle, Joseph-Marie Mollard naît dans une Savoie encore sardienne, à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier en 1796, et y exerce son métier de notaire. Il se distingue comme député de la Savoie à Chambéry, lors du rattachement à la France en 1860. Son énergie fut mise au service de la modernisation du droit savoyard. Selon les archives départementales, il fut l’un des artisans du concordat entre usages locaux et droit français, s’assurant que les spécificités de la ruralité savoienne soient respectées dans les nouvelles lois (Archives départementales de la Savoie, cote 5MI 3242).
C’est à lui que l’on doit la sauvegarde de plusieurs coutumes, dont la tradition du partage équitable des terres et vergers.
Issue d’une famille modeste du hameau de la Biolée, Anna Favre (dite Marie-Benoîte, 1903-1989) entre très jeune chez les Sœurs de Saint-Joseph. Active à Madagascar, elle fonde trois écoles pendant l’entre-deux-guerres. Sans grand tapage, ses lettres à la paroisse de Coise font état d’un engagement concret : alphabétisation, soin des enfants victimes de fièvres, plantation d’un verger communautaire. À la fin de sa vie, elle parraine plusieurs étudiantes malgaches venues poursuivre leurs études à Chambéry (lettres conservées à la bibliothèque diocésaine de Chambéry).
Née à Coise en 1957, Françoise Daviet a hérité des coteaux familiaux. C’est elle qui, dès les années 1980, ose vinifier en bio, alors que la Savoie devance à peine la région bordelaise sur la question. Pionnière, elle s’est battue pour l’appellation “Vin de Savoie” (AOC en 1973) et défend une viticulture respectueuse du territoire. Au micro de France Bleu Pays de Savoie (2015), elle disait : “Mon vin a la couleur de mes collines, un peu de brume, mais beaucoup de soleil dans la bouche.” Son crémant a remporté une médaille d’argent au Concours Général Agricole en 2018.
Formé dans un atelier familial implanté au bord du Gelon, Pierre Blanc (né en 1978) s’est imposé sur la scène artistique contemporaine par ses sculptures monumentales en matériaux de récupération ferroviaire. Le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Étienne lui a consacré une exposition en 2017 (source : catalogue MAMC+ Saint-Étienne). Au cœur de son œuvre : le souvenir des industries rurales, les gestes répétitifs des anciens de la vallée, et l’éloge du bricolage comme art du quotidien.
À Coise, les grands noms côtoient une myriade de figures plus modestes mais essentielles à la vie du village. Parmi elles, Régis Chambon, président de l’association “Solidarité Gelon”, cultive depuis quinze ans un modèle d’entraide inspirant, de la distribution de paniers solidaires à la coordination de chantiers participatifs pour les jeunes en recherche d’emploi (source : Le Dauphiné Libéré, 2022). Sa philosophie ? “Dans notre vallée, ceux qui partagent une brouette finissent souvent amis pour la vie.”
Son action a inspiré des communes voisines, donnant naissance à une fédération intercommunale d’entraide.
Native du village, Léa Deslandes (née en 1986) a grandi sur les crêtes du Massif des Bauges : formée au ski au sein de la petite section locale, elle bascule vers le ski-alpinisme à vingt ans. Double championne de France (2010 et 2011), elle s’est distinguée sur la Pierra Menta et a intégré l’équipe nationale (Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade). Très attachée à ses racines, elle organise chaque automne une initiation pour les jeunes du canton.
Sa devise ? “L’altitude du dépassement, c’est la vallée qui la donne.”
Coise n’a peut-être ni académicien ni ministre dans son arbre généalogique récent, mais les graines semées dans la terre du village voyagent bien au-delà. Saviez-vous, par exemple :
Le tissu de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier est tressé d’histoires modestes, de parcours inattendus, de voies discrètes qui deviennent, à force, écho dans la vallée et bien plus loin. Chacune de ces figures, petites ou grandes, témoigne du fait que nos villages ont sans cesse ce pouvoir d’invitation : à dépasser les bornes pour faire connaître la force tranquille du local. Ce panorama invite à lever le nez, suivre la trace et transmettre à notre tour les histoires d’hier et d’aujourd’hui, en attendant de voir éclore celles de demain.