Faire pousser ses racines : la vraie vie des stages hospitaliers en médecine
Dans les couloirs carrelés de l’hôpital, sous les blouses blanches, les étudiants en médecine vivent leurs premiers grands frissons du métier. Là, dans la rumeur...
Actualités, patrimoine et découvertes locales
Parmi les souvenirs les mieux ancrés dans la mémoire collective locale figure le temps, pas si lointain, où s’activaient plusieurs tuileries. Le sol argileux de la vallée de l’Isère a, très tôt, attiré des artisans capables de transformer la terre en tuile canal, en briques et même en poteries utilitaires.
Avec le temps, l’essor des matériaux industriels et l’évolution des techniques ont éclipsé cette activité. Il n’en subsiste presque rien, si ce n’est quelques pans de vieux murs, des déformations de terrain, et surtout, des toits recouverts de tuiles locales, plus épaisses et rouges que celles venues d’ailleurs.
Autrefois, les rivières du Gelon et de la Combe, qui serpentent nonchalamment le long du village, apportaient plus que la fraîcheur nécessaire aux noisetiers. Elles faisaient surtout tourner de modestes installations : moulins, foulons, mais aussi ateliers de transformation du chanvre.
La culture du chanvre était manifeste dans tout l’Avant-Pays savoyard au XIXe siècle (voir rapport « Savoie, terre de chanvre », Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie, 2019). À Coise, la plante s’étendait dans les parcelles alluviales, faciles à irriguer. L’industrie domestique se structurait ainsi :
Si l’on manque de chiffres précis pour Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, il est attesté qu’au début du XXe siècle, près de 60% des foyers savoyards pratiquaient la culture du chanvre (Source : Inventaire du patrimoine rural de Savoie, Conseil Départemental).
Impossible d’évoquer l’économie locale sans saluer la vigne, dont la présence structure l’aspect du village depuis le Moyen Âge. Mais la culture viticole n’a pas toujours été une affaire de grandes propriétés : ici, pendant des siècles, ce sont les petites cotes, cultivées en famille, qui assurent l’activité. Le vin, assez confidentiel et réputé « rustique », s’écoulait surtout en circuit court, profitant de la voie de l’Isère et du commerce hivernal avec Chambéry.
Autour du raisin gravitaient aussi de nombreux métiers : tonneliers, tâcherons pour la taille, artistes locaux pour la décoration de cuves ou de pressoirs… Autant de petites mains qui, jusqu’à la crise du phylloxera (fin XIXe), faisaient vivre une économie solidaire. Un recensement de 1876 fait état d’au moins cinq tonneliers et deux marchands de vin locaux (Archives départementales).
Le bois a, de tout temps, été central dans la vie montagnarde. À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, le souvenir d’une petite scierie hydraulique, en activité jusque dans l’entre-deux-guerres, est encore palpable. Abritée sous le nom du « Martinet », elle exploitait la force du Gelon pour débiter sapins, chênes et hêtres descendus des forêts hautes.
Le rythme était dicté par le débit du Gelon, souvent capricieux au printemps. On apprend dans quelques courriers conservés que la scierie a joué un rôle essentiel lors de la reconstruction de la mairie et du clocher du village, suite à un violent orage en 1905.
L’économie vivrière a toujours entraîné l’essor de micro-entreprises agroalimentaires. Coise-Saint-Jean a compté jusqu’à quatre moulins à blé et deux petits ateliers laitiers, qui illustraient la diversité et la résilience du monde rural savoyard.
Même modestes, ces ateliers ont permis aux familles d’arrondir leurs fins de mois, tissant toute une toile de solidarités saisonnières.
Au fil des décennies, la vitalité économique de Coise-Saint-Jean s’est nourrie de multiples petits métiers parfois oubliés. On trouve trace, ici et là, de chiffonniers, d’artisans du cuir, de sabotiers. Plus discrètes mais tout aussi présentes : les lavandières saisonnières qui exploitaient la force de la rivière pour blanchir le linge du canton, notamment à La Combe.
Ces métiers modestes sont peu documentés, mais leur empreinte persiste dans le souvenir des anciens et à travers certains outils conservés dans nos maisons.
Aujourd’hui, il reste parfois peu de choses de ces petites industries, si ce n’est des murets, des marques de four à tuiles, ou les galets usés des anciens moulins. Mais la mémoire n’est pas éteinte : collecter les anecdotes, recueillir le nom d’un meunier glissé dans un registre paroissial ou entendre l’histoire d’un sabotier est une façon de rendre à ce village sa vitalité d’antan.
Alors que l’on parle de relocalisation des savoir-faire et de circuits courts, regarder en arrière permet aussi d’éclairer l’avenir. Les traces laissées par ces petites entreprises témoignent, à leur manière, de la capacité du village à inventer et à s’adapter, à vivre pleinement son territoire sans jamais l’épuiser.
L’économie locale ne fut jamais statique : elle s’est sans cesse réinventée, de la tuilerie à la filature, du chai familial au moulin sur le Gelon. Puissions-nous garder, en filigrane, ce sens du travail collectif, du lien, et l’étonnante énergie silencieuse de nos aïeux.