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Découvrir les témoins discrets : Petits patrimoines bâtis dans les hameaux de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier

Entrer dans l’intimité des hameaux savoyards

Les hameaux de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ont ce quelque chose d’intemporel, une atmosphère façonnée par des traces discrètes mais tenaces du passé. Ce n’est ni le clocher ni le pont qui font le cœur de nos lieux, mais une mosaïque de petits patrimoines bâtis : ces éléments, modestes en apparence, racontent toute une histoire à qui prend le temps de regarder. À l’heure où l’on s’intéresse partout à la préservation du “petit patrimoine rural” (Ministère de la Culture, source), il est précieux de s’interroger : que conserve-t-on dans les hameaux de Coise ? Qu’y retrouve-t-on encore, au hasard d’un chemin ?

Qu’entend-on par « petit patrimoine » bâti ?

Dans la tradition locale, le « petit patrimoine » désigne ces édifices et infrastructures construits pour la vie quotidienne, en complément du patrimoine « monumental ». Ici, il ne s’agit pas de châteaux ou d’églises, mais de puits, fours, fontaines, lavoirs, croix rurales, bornes, petits ponts, cabanes d’alpage ou cabanons de vignes… Autant de marques d’une vie collective attentive à ses besoins et à la beauté ordinaire.

  • Leur présence est souvent liée à l’histoire sociale du village
  • Ils sont artisans de cohésion : le four à pain réunit le hameau, la fontaine désaltère hommes et bêtes
  • Ils évoluent au fil des saisons : parfois restaurés, parfois oubliés sous la mousse ou les ronces
  • Ils offrent des « porte-voix » silencieux à la vie rurale d’autrefois

Les fours à pain, foyers du souvenir collectif

Disséminés dans plusieurs hameaux de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, les fours à pain communaux ou familiaux sont parmi les plus remarquables vestiges du vivre-ensemble local. Si dans le bourg principal, le four communal n’est plus en service permanent, plusieurs fours sont encore visibles, notamment dans les hameaux de La Pierre, Les Ravat, et La Porte.

  • Origine des fours : À la fin du XIXe siècle et jusqu’en 1950 environ, chaque hameau possède son four, utilisé à tour de rôle par les familles. La tradition du « fournée » rythme la vie collective.
  • État actuel : Sur les huit fours recensés dans la commune au début du XXe siècle (Annuaire des Fours Collectifs de Savoie, 2015), cinq sont encore debout à Coise. Certains servent de temps à autre lors de fêtes ou d’animations.
  • Anecdote : Jusqu’aux années 1960, la Saint-Honoré, fête des boulangers, voyait la remise en activité symbolique de ces fours, avec dégustation de pains et de pognes.

Les fours sont en général construits en pierre locale, voûtés, dotés d’un âtre spacieux, avec avancée couverte pour les opérations de brassage et de cuisson. Ils sont souvent adossés à une cave ou à une ancienne étable, ce qui renforce le sentiment d’unité du bâti.

L’eau partagée : fontaines, lavoirs et abreuvoirs

En Savoie, les villages sont profondément marqués par la gestion de l’eau. Coise, traversée par le Coisetan et parsemée de ruisseaux, n’échappe pas à cette règle. Fontaines et abreuvoirs, indispensables jusqu’au milieu du XXe siècle, restent présents dans presque chaque hameau.

  • Les fontaines : À La Pierre et à La Porte, on trouve encore des fontaines du XIXe ou début XXe siècle, faites d’un bassin de pierre ovale, souvent surmonté d’un petit obélisque ou d’une borne sculptée. Elles n’ont plus leur système originel d’adduction, mais servent parfois d’abreuvoir d’appoint.
  • Les lavoirs : Plusieurs subsistent : à La Pierre un petit lavoir abrité sous appentis de bois, à Fontaine Blanche un lavoir double dont il reste le bassin et quelques pierres. Lieux de sociabilité féminine, ils étaient encore en usage jusque dans les années 1950.
  • Chiffre-clé : Sur les vingt-deux fontaines et abreuvoirs signalés dans l’inventaire patrimonial du Parc Naturel Régional du Massif des Bauges (2013), treize sont encore physiquement visibles sur la commune aujourd’hui.

L’eau, canalisée puisée ou captée selon des savoir-faire ancestraux, a façonné le tissu du village à échelle humaine. Les pierres usées témoignent du passage des générations.

Calvaires et croix rurales : la foi au détour de la route

Impossible de parcourir les routes et sentiers de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier sans croiser un calvaire ou une croix de carrefour. Ces édicules n’étaient pas que spirituels : ils jalonnaient aussi les limi­tes de territoire, protégeaient voyageurs et bétail, et servaient parfois de points de rendez-vous.

  • Croix de mission (Croix de la Belle Vue) : Datant de la grande mission paroissiale de 1873, en pierre avec envolées sculptées, elle marque la sortie du bourg vers Saint-Pierre-d’Albigny.
  • Calvaire des Ravat : Remontant au début du XXe siècle, sur socle de pierre, surmonté d’une croix forgée très simple.
  • Nombre total: On dénombre encore neuf croix et calvaires en élévation sur la commune, dispersés dans sept hameaux.
  • Anecdote: Beaucoup portaient à l’origine des ex-voto, ou petits souvenirs accrochés à l’occasion des rogations ou des grands passages.

La variété des matériaux – bois, fer forgé, pierre – traduit souvent des périodes différentes de construction, ou la présence d’artisans locaux : un patrimoine qui, par petites touches, révèle la main des habitants.

Petites curiosités du bâti rural savoyard

Plus discrets, mais tout aussi symboliques, certains éléments du petit patrimoine sont spécifiques à l’histoire viticole et agricole de la vallée.

  • Cabanons de vignes : Isolés au bord des rangs de Jacquère ou de Mondeuse, on recense à Coise une dizaine de cabanons en pierre sèche ou avec toits de tuiles canal. Ces abris servaient à ranger outils et tonneaux pour les vendanges, et même parfois à dormir lors des vendanges nocturnes (source : “Vignes et paysans en Savoie”, Éd. La Fontaine de Siloé, 2008).
  • Bories et « granges-caves » : Peu répandues mais bien présentes autour du plateau de Montcharvin, ces bâtisses semi-enterrées offraient un abri à la fois pour la récolte et le vinage. Actuellement, trois ont été restaurées par des particuliers.
  • Colonnes et seuils de portes sculptés : Sur les maisons anciennes du hameau de Les Ravat, on distingue encore des linteaux ornés de dessins naïfs, datés entre 1760 et 1830, signalant des familles de charpentiers ou tailleurs locaux.

Les petits ponts et passerelles en bois

Pour traverser les rus et canaux, une demi-douzaine de petits ponts non carrossables, souvent en bois ou en dalles de pierres locales, sont encore en état d’usage. Ils relient hameaux mais témoignent aussi d’ingéniosité rurale : leur restauration, menée avec des bénévoles, fait partie des missions prioritaires de la commune (dossier patrimoine municipal, 2022).

Des témoins fragiles, un avenir à cultiver

La pérennité de ce patrimoine est parfois menacée : végétation envahissante, oubli, ou changements de mode de vie. Pourtant, de nombreuses initiatives voient le jour : la « journée des fours » relancée chaque automne, des randonnées patrimoniales commentées – organisées avec l’association “Le Patrimoine Coisetan”, ou les actions de restauration soutenues par la commune et le Conseil Départemental.

  • État général du patrimoine : Selon le rapport “Inventaire du petit patrimoine Coisetan” (2021), plus de 70% des éléments recensés sont en état d’intégrité structurelle, mais moins d’un tiers font l’objet d’un entretien régulier.
  • Dynamique locale : Ces dernières années, le budget alloué par la mairie à la préservation “petit patrimoine” a doublé, passant de 2800 à 6150€ de 2018 à 2023.
  • Aménagement et sauvegarde : La commune privilégie les restaurations à l’identique (matériaux, formes), en sollicitant les artisans locaux, gages de pérennité et de reproduction authentique.

Redécouvrir les hameaux, voir autrement : une invitation

Bien plus que de simples vestiges, ces petits patrimoines bâtis donnent à chaque hameau son visage et sa voix propre. Qu’il s’agisse du four à pain sous un vieux tilleul, d’une croix posée à la croisée d’un sentier, ou d’un cabanon de vignes à demi englouti par les arbustes, chaque élément dit quelque chose de la Savoie vivante : la générosité du territoire, la patience du travail collectif, la poésie de l’usage quotidien.

Prendre le temps de partir à leur recherche, c’est comprendre mieux la mémoire de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier – et découvrir, peut-être, que la beauté se cache dans les détails les plus simples.

Pour aller plus loin

  • Inventaire du petit patrimoine rural en Savoie (DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, 2017) : un panorama et de belles cartes téléchargeables pour visualiser le patrimoine sur la commune.
  • Association Le Patrimoine Coisetan : visites guidées, ateliers de restauration participative, contact via la mairie ou leur page Facebook.
  • Site du Parc Naturel Régional du Massif des Bauges : fiches thématiques sur le patrimoine bâti rural du secteur de Coise.
  • Publications La Fontaine de Siloé (sur la ruralité en Savoie) : références enrichissantes (notamment “Vignes et paysans en Savoie”).

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