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Actualités, patrimoine et découvertes locales
Entre le doux balancement des vignes et l’ombre tutélaire du massif des Bauges, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier semble hors du temps. Pourtant, il y a deux mille ans, cet espace n’était pas qu’une paisible campagne, mais un passage stratégique pour Rome. L’Empire romain, dans sa volonté d’organiser la Gaule, s’est tout naturellement penché sur cette région carrefour : passage obligé à mi-chemin entre l’Italie du Nord et la Gaule du Rhône, vallée de l’Isère à portée de cheval, ancrée dans un paysage où le relief guide l’histoire.
Le site de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier se situe à un carrefour naturel, près de l’ancienne voie romaine reliant Vienne à Milan en passant par Aix-les-Bains (Aquae) et Albertville (Conflans). Un réseau routier exploité tant pour le commerce que pour la circulation des légions, des administrateurs et du courrier impérial.
Après l’annexion du royaume des Allobroges par Rome en 121 av. J.-C., la Savoie tombe peu à peu sous la coupe romaine. Vers -15, la campagne d’Auguste contre les tribus alpines se traduit par l’installation de garnisons et le début d’une politique de romanisation.
Les terres sont cadastrées, les villae (exploitations rurales) se construisent près des axes et points d’eau. Si aucune villa rustica n’a été parfaitement mise au jour à Coise même, le nombre de restes épars (céramiques, tuiles, clous) laisse fortement supposer leur présence.
Commerce du vin, de la pierre locale, et circulation de productions agricoles. La vallée sert d’axe pour l’exportation et l’importation des denrées. À proximité, à Sainte-Hélène du Lac, des amphores vinaires du sud de la Gaule ont été retrouvées (base INRAP, fouilles 1983).
Sous les coups des invasions et face au déclin administratif de Rome, de nombreux sites sont abandonnés ou recyclés, mais la trame parcellaire rurale perdure en partie jusqu’à nos jours.
Si aucune “villa” imposante ou théâtre antique ne se dresse à Coise, c’est que le passage des Romains s’y est fait dans la discrétion, à l’image de ce que l’on observe dans la plupart des campagnes savoyardes. Ici, la romanisation passe par des silences, une transformation paysagère, des habitudes agricoles ou la toponymie.
En creusant la terre, on remonte autant le temps qu’on restitue les gestes des anciens. Des murets, parfois, révèlent un appareil à la romaine, avec la fameuse alternance de grandes et petites pierres. Le piéton attentif, à l’orée du village, devine dans la lumière les traces de ce passage antique.
Une des forces majeures de la romanisation tient à son réseau viaire : la “via publica” reliant Vienne à Aoste passait non loin de Coise, traversant la plaine de l’Isère avant de remonter vers Chambéry puis l’Italie par le col du Mont-Cenis. Plusieurs relais, appelés mansio, jalonnaient ce parcours. Si l’on ignore leur localisation exacte sur la commune, il est certain que le commerce et les voyages romains structuraient la vie de toutes les vallées voisines.
La romanité, dans cette partie de la Savoie, n’offre pas toujours de grands monuments mais pose sa marque profonde dans la mémoire du paysage : invisible mais sensible au marcheur ou à l’habitant curieux, tantôt cachée dans un mur, tantôt évoquée par un nom, parfois par une légende au coin d’un champ.
Continuer d’explorer la présence romaine, c’est aussi apprendre à écouter les histoires du sol, à observer la forme des champs, à sillonner avec attention les chemins anciens. Si les fouilles récentes restent rares, la région mobilise désormais l’archéologie préventive lors de tout chantier, promettant de nouvelles découvertes – à suivre dans les pages locales du Dauphiné Libéré ou dans les travaux de la Société Savoisienne d’Histoire et d’Archéologie.
Dans le grand livre de la Savoie, le chapitre romain ne se lit pas en lignes cursives, mais entre les pierres, les mots et sur les chemins oubliés. Un patrimoine fragile, qui continue de nourrir la vie et l’imagination à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier et tout autour.