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Qu’y a-t-il de plus mystérieux qu’une vieille carte déroulée sur une table ? On y plonge comme on lirait une histoire secrète, celle d’un village et de ses campagnes, écrite à l’encre brune et dessinée à la main. Les cartes anciennes de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ne se contentent pas de décrire un paysage : elles racontent l’organisation du territoire, la force de ses rivières, la patience des vignes et le passage des hommes. Ces précieux documents, dispersés dans les archives départementales de Savoie, dans les familles ou parfois exposés lors de fêtes locales, offrent un regard inédit sur l’évolution du village et de la vie savoyarde au fil des siècles.
Retracer l’histoire de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier via ses cartes, c’est souvent jouer aux détectives. On trouve des plans cadastraux du XIXe siècle aux Archives départementales de Savoie et auprès de la mairie. Quelques cartes du XVIIIe siècle subsistent, certains plans de rivières et de terres figurent sur le site des archives de la Savoie, tandis que des collections thématiques comme Gallica dévoilent quelques planches d’état-major du XIXe siècle. Les cartes napoléoniennes de 1824, des feuillets topographiques d’avant et après la Révolution et des plans d’ingénieurs hydrauliciens viennent parfois éclairer les coins d’ombre du cadastre local.
Les cartes des siècles passés traduisent une évidence : Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, c’était un village de ruisseaux et de vignes, au mitan de campagnes soigneusement structurées. Un regard sur le cadastre napoléonien de 1824 (archives départementales de la Savoie, cote 3P 368/1) montre comment, bien avant l’arrivée du chemin de fer ou de la route moderne, la morphologie du village était dominée par :
Entre 1824 et les années 1950, les surfaces dédiées à la vigne diminuent (la grêle de 1883 ayant durablement marqué la mémoire locale, source : “Savoie, pays de vigne et de vin”, T. Marin), tandis que l’urbanisation reste quasi nulle, la commune comptant en 1836 à peine 950 habitants, chiffre stable jusque vers 1950 (Source : recensements historiques, INSEE).
Les cartes anciennes font apparaître l’omniprésence des rivières et ruisseaux. L’Isère, enserrée dans son ancien lit, peut être vue serpentant au sud du village. Jusqu’au début du XXe siècle, les inondations régulières expliquaient le choix d’implanter le bourg en léger surplomb (sur le “pied du Gauthier”), détail repoussé au second plan sur les cartes modernes mais essentiel dans la topographie ancienne. Les fossés, canaux secondaires et méandres, aujourd’hui souvent comblés, jalonnaient le paysage : la carte d’état-major de 1880 recense sept moulins sur le Coisin et la Batteuse (source : Archives Départementales de Savoie, plan 128-4).
Feuilleter ces documents, c’est aussi goûter à la saveur des anciens noms. Sur la carte de Cassini apparaît “Coise” séparément de “St Jean Pied Gaultier”, témoignant de l’histoire administrative oscillant entre paroisses autonomes et regroupements post-révolutionnaires. Les appellations du cadastre napoléonien fourmillent de détails : “Le Grand Champ”, “Champ du Bray”, “La Côte aux Vaches”, vestiges d’un paysage jadis sans haie ni clôture continue.
Avant 1850, les cartes révèlent une structuration “fermée” autour de l’église, du presbytère et du pont sur la Batteuse. Le bourg, resserré, s’aventure peu au-delà de quelques centaines de mètres : la route principale n’existe pas avant la grande vague de construction de 1873 (source : plans de remembrement communal, AD Savoie 1O 12/5).
Ces preuves visibles dans les cartes justifient la permanence de certains itinéraires pédestres : ainsi, le vieux sentier de la Ternaz, toujours emprunté, est déjà marqué d’un trait fin sur le plan cadastral de 1824, et correspond à une ancienne voie de communication rurale (source : plan du cadastre original, AD Savoie).
Plus qu’un simple support géographique, chaque carte ancienne est un reflet de la vie sociale et économique d’une époque. Les plans de la fin XIXe siècle, par exemple, marquent l’emplacement de plusieurs moulins, tuileries et pressoirs, qui ne subsistent plus que dans la mémoire orale. Plus frappant : le tracé des “râperies” à betteraves, témoignant de l’introduction (éphémère) de cette culture entre 1870 et 1910 pour l’industrie sucrière savoyarde (source : “Les industries rurales de Savoie”, Ch. Jacquet). Les berges du Coisin portaient aussi la marque d’anciens viviers à poissons, une rareté cartographiée en 1848 mais disparue après la Première Guerre mondiale.
Contrairement à beaucoup de villages de plaine, le tissu architectural de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier est resté assez stable jusqu’aux années 1960. Les fermes en lanières, dont la forme longue épouse la parcelle médiévale, sont clairement identifiables sur les plans anciens. Après 1980, l’arrivée de lotissements marque un tournant : ce changement s’observe très clairement dans la superposition des plans de 1950 et des cadastres numériques actuels (voir le Géoportail).
Feuilleter les archives cartographiques, c’est mesurer l’épaisseur du temps, mais c’est aussi mieux comprendre les transformations à l’œuvre aujourd’hui. Beaucoup d’anciens chemins, oubliés sous les ronciers, sont redécouverts grâce à l’étude des plans du XIXe siècle, offrant sujets de balades buissonnières. Si l’on aperçoit toujours les linéaments anciens, ce sont parfois les interventions d’aujourd’hui, via remembrement, aménagement du territoire ou projets hydrauliques, qui réenchantent le lien entre passé et présent. Les cartes deviennent alors des instruments d’avenir pour affiner les tracés de circuits pédestres, mettre en valeur le patrimoine ou reconstituer les corridors écologiques du Coisin et de l’Isère.
La consultation régulière de ces documents – que l’on soit passionné d’histoire locale, randonneur, vigneron ou habitant curieux – nourrit alors le regard que l’on pose sur le village, aidant à préserver l’esprit des lieux tout en accompagnant ses transformations.
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