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Ces maisons du temps : explorer les plus anciennes habitations encore occupées à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier

L’emplacement des pierres fondatrices : où chercher les plus vieilles maisons du village ?

À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, les saisons passent, les paysages changent, mais certaines bâtisses tiennent tête au temps, habitées sans interruption de génération en génération. Il suffit de lever les yeux au détour d’un hameau, au cœur du bourg ou en limite de vignoble, pour deviner ces maisons anciennes, témoins discrets d’une histoire rurale et alpine qui se poursuit encore aujourd’hui.

Mais où précisément se trouvent ces doyennes d’entre les habitations du village ? La commune, composée de plusieurs hameaux – Coise, Le Mollard, Saint-Jean, Le Villard, Le Chef-Lieu – partage une topographie éclatée typique de la Combe de Savoie. Toutefois, deux secteurs abritent la plupart des maisons les plus anciennes encore occupées :

  • Le Chef-Lieu, autour de l’église Saint-Jean-Baptiste, cœur historique bien protégé des crues et bénéficiant jadis d’un rôle central.
  • Le hameau du Mollard, perché légèrement à l’écart des terres lourdes et propices à la vigne, dont la morphologie du bâti évoque un peu celle des villages voisins de La Chapelle-Blanche ou de Sainte-Hélène-du-Lac.

C’est ici, dans ces poches de l’ancien, que l’on trouve la trace la plus continue de l’habitat du XIVe au XVIIIe siècles, périodes où la population, modeste mais stable, bâtissait pour durer avec le schiste, le tuf et parfois le pisé local.

Repérage et datation : comment dater et reconnaître une très vieille maison ?

À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, rares sont les maisons antérieures au XVIIe siècle conservées intègres. La raison : l’humidité, les incendies (souvent liés à la proximité d’étables), mais aussi les reconstructions sur les lieux déjà bâtis, très fréquentes dès que le bois venait à pourrir ou que la famille s’agrandissait. Pourtant, plusieurs indices permettent d’identifier une habitation ancienne :

  • Les pierres d’angle en schiste ou en tuf gris, taillées à la main, visibles même après crépissage.
  • Les linteaux en chêne, parfois datés ou gravés d’initiales (support d’inscriptions jusqu’au XIXe siècle).
  • La disposition en “L” ou en “T” sur la cour, typique des fermes savoyardes du XVe au XVIIIe siècle, séparant logement familial, grange et étable.
  • L’épaisseur des murs extérieurs, qui atteint souvent 80 cm à 1 mètre.

Des recherches menées par l’Inventaire du patrimoine de Savoie (Région Auvergne-Rhône-Alpes) montrent que beaucoup de maisons du Chef-Lieu de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier conservent un noyau ancien XVIIe–XVIIIe siècle, dans le périmètre compris entre la chapelle, la mairie et l’actuelle route de Chambéry.

Les maisons-phare du village : quelques repères à travers les âges

Certaines bâtisses se distinguent, connues des habitants pour avoir “vu passer le temps” plus que les autres. Quatre adresses incarnent cette continuité :

  1. La Maison du Notaire (rue du Bourg) On la repère à ses encadrements de fenêtres en pierres appareillées et à sa grande porte cintree. Selon le cadastre napoléonien (1824) et certains actes notariés conservés aux archives départementales, elle existait déjà sous cette forme vers 1735, probablement sur les bases d’une métairie plus ancienne encore. Toujours habitée aujourd’hui, elle borde encore la ruelle étroite, juste à côté de l’ancien presbytère.
  2. La Ferme du Mollard Située en amont du hameau, elle appartient à la même famille depuis au moins six générations. Sa date la plus ancienne accessible sur le linteau est 1698, mais une partie des caves voûtées laisse envisager une origine antérieure. Le plan en T, la charpente monumentale et la mare attenante complètent le tableau architectural typique des fermes de la basse Maurienne.
  3. La maison de la Cure Juste en face de l’église, elle joua longtemps un rôle collectif de refuge lors des crues de l’Isère et des hivers rigoureux. Son escalier droit en pierre trahit un aménagement du XVIIIe siècle, mais ses fondations, en tuf et galets, sont antérieures.
  4. La demeure du Pontet Cette habitation au bord du vieux pont de pierre (chemin du Pontet) présente des éléments datant du tout début du XIXe siècle, mais son assise en galets ronds, issus de l’Isère voisine, remonte à la fin du XVIIe siècle. Une restauration délicate a permis de conserver la tourelle d’escalier et l’évier en pierre monolithe, rare dans la région.

Derrière le charme, chaque pierre a une histoire à raconter, parfois farouchement gardée par les familles ou révélée à l’occasion de travaux. L’ouverture de “potagers" en ville a permis de redécouvrir des puits, des morceaux de faïence et même, lors d’une réfection de toiture, des tuiles marquées du sceau d’Allèves (manufacture réputée au XVIIIe siècle d’après Inventaire Général du Patrimoine Culturel).

Vie quotidienne d’hier à aujourd’hui : habiter dans une maison plusieurs fois centenaire

S’installer dans l’une de ces anciennes demeures, c’est entrer dans un ballet quotidien d’adaptation. Les murs “vivent”, gardant l’humidité ou la fraîcheur selon la saison, et les vieilles poutres racontent la patine du temps. De nombreux propriétaires témoignent de cette sensation d’habiter “avec le passé au présent” :

  • Certains conservent les “placards muraux” traditionnels, creusés directement dans l’épaisseur du mur.
  • La plupart profitent encore de la cave fraîche, vestige du temps où l’on entreposait vins et fromages pour l’hiver.
  • Les escaliers en pierre, parfois très raides, empêchent toute précipitation mais offrent une solidité rare.

L’entretien représente un défi permanent, mais plusieurs aides départementales et régionales (notamment du Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement de la Savoie : CAUE Savoie) soutiennent la sauvegarde du bâti traditionnel. Sauver ces maisons, c’est préserver la mémoire et la diversité des paysages savoyards, où le patrimoine bâti joue le rôle de marqueur fortement identitaire.

Ce que disent les archives et les recensements

L’étude du cadastre primitif (1824), accessible aux Archives départementales de la Savoie et consultable partiellement sur archives.savoie.fr, montre que sur les 115 bâtiments référencés à l’époque à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier – tous types confondus –, plus de 30 sont aujourd’hui toujours visibles à l’adresse, dont 18 encore habités selon le dernier recensement communal (2021).

Une maison sur six du bourg ancien serait ainsi un témoin direct du XVIIIe siècle, ayant traversé trois à quatre révolutions technologiques et sociétales ! À titre de comparaison, la commune voisine de Montmélian possède un parc bâti ancien presque équivalent mais moins d’habitations encore utilisées en continu.

Période de construction Nombre estimé de maisons encore occupées (2023) Localisation principale
XVIIe siècle 3 Le Chef-Lieu, Le Mollard
XVIIIe siècle 7 Bourg, Le Mollard, Pontet
XIXe siècle (première moitié) 8 Villages éparpillés, extension de hameaux

Ces chiffres sont à rapprocher des mouvements de population : les plus anciennes maisons sont celles qui se sont transmises “de main en main” dans un village où, jusqu’aux années 1960, plus de 80 % des habitants avaient un parent ou un oncle déjà installé sur place (source : INSEE Savoie, études rurales).

Un patrimoine “habité” : transmission, mémoire et ouverture vers demain

Les maisons pluri-centenaires de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ne sont pas des musées fermés, mais de vrais lieux de vie, parfois rénovés avec patience, toujours habités par la même volonté de transmettre ce qui fait la singularité du village : ses pierres, sa mémoire, son attachement à l’environnement. À chaque saison, on peut croiser une porte ancienne entrebâillée, entendre résonner des voix sur le pas d’un vieux seuil, reconnaître l’odeur du bois juste scié dans l’atelier de la grange.

Préserver ces habitations et leur histoire, c’est continuer de faire du patrimoine un projet partagé, vivant. Demain, d’autres familles, d’autres histoires, viendront s’y greffer. Les vieilles pierres ne demandent qu’à accueillir de nouveaux récits – et à tenir tête, encore longtemps, au temps et aux vents de la Savoie.

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