23/02/2026


La Résistance à Coise-Saint-Jean : entre mémoire discrète et empreinte vivante

Un village savoyard témoin de l’Histoire

Sur les routes de Savoie, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier attire aujourd’hui par ses vignes, ses vergers, et ses allées paisibles entre collines et montagnes. Mais en se promenant entre les maisons anciennes ou en discutant avec les habitants d’ici, on découvre un autre récit qui plane, pudique, comme un souffle sur les pierres : celui de la Résistance, dans la Savoie occupée entre 1940 et 1944.

Si les grands manuels d’histoire accordent aux maquis savoyards un chapitre mérité, le souvenir n’est pas figé à Coise : il existe dans les paysages, les gestes, la mémoire orale, et quelques pierres gravées. Découvrir ces souvenirs, c’est aussi comprendre la force tranquille d’un village qui a vu passer l’Histoire par ses sentiers.

Coise, carrefour entre plaines et maquis

Située entre la Combe de Savoie et les portes de l’Avant-Pays, Coise-Saint-Jean fut le témoin d’une époque où la géographie dictait les choix : routes discrètes pour circuler, collines pour se cacher, forêts complices. Pendant l’Occupation, des réseaux de Résistance se tissent partout en Savoie, souvent autour de villages comme Coise. On est alors loin des grandes villes où s’affrontent l’occupant et les résistants — ici, tout passe dans la discrétion, entre l’église, la mairie, la Charniaz, le hameau de Saint-Jean-Pied-Gauthier ou le long de la TAVERNE, (source : Département de la Savoie).

  • En 1942, la Savoie passe sous occupation italienne. À partir de 1943, l’Allemagne occupe tout le territoire. La Résistance doit s’organiser dans l’urgence.
  • La présence du « maquis de la Chartreuse » et du « maquis des Bauges » permet l’accueil de jeunes réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire), d’anciens soldats, d’hommes et de femmes du coin.
  • Coise-Saint-Jean, de par sa situation, fait office de point de passage, de ravitaillement, de cache et parfois, d’alerte.

Les lieux de mémoire à Coise et alentours

À Coise-Saint-Jean même, il n’existe pas de grand monument officiel à la Résistance, comme on en trouve à Albertville ou Chambéry. Pourtant, les témoignages persistent à travers plusieurs traces :

La stèle de Montaillet

À quelques kilomètres de Coise (commune voisine de Sainte-Hélène-du-Lac), la stèle du Montaillet rappelle le sacrifice de plusieurs résistants tombés lors d’une embuscade allemande, le 17 août 1944. Les familles de Coise ont parfois eu des proches impliqués, ou y ont participé à la cérémonie annuelle du souvenir. Cette stèle est aujourd’hui le point de ralliement de nombreux hommages. Elle représente aussi la porosité entre les histoires locales : chaque village savoyard, chaque vallée, connaît ainsi « sa » stèle, mais l’émotion circule de l’un à l’autre (Mémoire Résistance Savoie).

Les maisons-refuges

Plusieurs maisons de Coise et Saint-Jean-Pied-Gauthier ont accueilli des résistants ou caché des réfractaires au STO. Si elles n’arborent aucune plaque, leurs histoires sont transmises lors de discussions au détour d’un café du village ou d’une balade. Selon le recensement tenu par l’ONACVG (Office national des anciens combattants et victimes de guerre), Coise a de manière avérée protégé et ravitaillé une douzaine de personnes entre 1943 et 1944, notamment dans le secteur de la Buisse et du hameau de la TAVERNE.

Mémoires dans les églises et cimetières

Dans l’église paroissiale, la liste des « morts pour la France » inclut plusieurs jeunes hommes disparus en 1944 — certains tombés au front, d’autres n’ayant pas eu de sépulture connue. Les vieilles croix du cimetière racontent cette fracture, la perte soudaine de la jeunesse locale.

Des résistants connus... et l’importance des anonymes

Peu de « grands noms » de la Résistance nationale sont associés à Coise. Mais l’histoire retient des figures locales, dont les actes se sont transmis par le bouche-à-oreille et parfois consignés dans des ouvrages régionaux (Gérard Jalla, « La Résistance en Savoie »). Revenons sur quelques figures ou groupes marquants :

  • Le réseau du père Jacques M., curé de Coise-Saint-Jean dans les années 1940, qui aurait aidé à la transmission de messages et au ravitaillement du maquis local (source : archives départementales de la Savoie).
  • Le groupe de jeunes de la TAVERNE, engagé dans des sabotages de lignes téléphoniques, rapporté dans les annales communales et repris par les familles lors des cérémonies de commémoration.
  • Des femmes de Coise, notamment Hélène D., qui transportaient courrier et nourriture, au risque d’être arrêtées lors des contrôles au pont de Montmélian. Leur souvenir reste vivant dans les familles du village.

La Savoie compte, entre 1943 et 1944, plus de 9000 résistants actifs ou rattachés à des réseaux homologués (Département de la Savoie). Dans Coise, la mobilisation fut modeste, mais jamais symbolique : quelques familles, des gestes courageux, et la volonté de protéger la jeunesse.

Quelles traces visibles aujourd’hui ?

Ce qui fait la spécificité de la mémoire résistante à Coise, c’est qu’elle s’incarne surtout dans l’oralité et le vécu des familles. Mais en arpentant les rues ou en discutant au marché, certaines traces subsistent :

  • Le monument aux morts communal : s’il ne concerne pas uniquement la Seconde Guerre mondiale, chaque 8 mai, il accueille une gerbe et un silence en hommage « à ceux qui ont résisté ».
  • La plaque de la Buisse : sur la route, une petite plaque (souvent fleurie de bouquets champêtres) rappelle les « arrêts de convois de résistants ».
  • Les fêtes villageoises : lors de la fête patronale de Saint-Jean ou lors de la commémoration de la Libération, une minute de silence rejoint le souvenir des combats de l’été 1944.
  • L’école du village : chaque année, des ateliers mémoire sont organisés, grâce à la mobilisation d’enseignants et d’associations locales. Des témoins interviennent pour transmettre le vécu et l’enjeu de la Résistance savoyarde (source : témoignage d’un enseignant bénévole, 2023).

Des récits partagés entre générations

À Coise, la mémoire ne s’inscrit pas dans le marbre, mais circule dans les discussions, les traditions orales, et l’intérêt constant de la jeunesse pour l’histoire locale. La société d’histoire locale du canton de Montmélian propose tous les deux ans une conférence itinérante sur les maquis et la guerre, souvent organisée à la salle des fêtes de Coise ou au foyer rural.

Lieux de passage et stratégies de survie : l’héritage invisible

Si l’on s’arrête à la géographie, Coise est un parfait exemple de ces « villages de passage » : peu connus dans les grandes batailles, mais essentiels à la logistique et à la discrétion des réseaux. Le relief, les forêts environnantes et la configuration des fermes ont permis de dissimuler hommes, ravitaillement, tracts.

  • De nombreux résistants sont passés par Coise pour gagner les Bauges ou la Chartreuse.
  • Le canal du Chéran, détourné plusieurs soirs en 1944 pour empêcher l’approvisionnement allemand, a été évoqué dans les souvenirs transmis par les familles (« Archives orales Savoie », Musée de la Résistance et de la Déportation de Morette).
  • Les sentiers menant à Saint-Pierre-d’Albigny étaient utilisés pour la transmission du courrier clandestin.

Ces gestes minuscules, parfois oubliés, sont tout aussi importants que les actes d’éclat. Ils témoignent d’une résistance du quotidien, dans la crainte de la dénonciation et la solidarité chaleureuse de la population.

Transmettre l’héritage : une mémoire toujours à l’œuvre

À Coise-Saint-Jean, la mémoire de la Résistance vit par la transmission orale, la discrétion des familles, mais aussi par la volonté associative. Le Comité du Souvenir des Maquis du Val Gelon (basé à La Rochette) intervient régulièrement dans les écoles, propose des expositions itinérantes, et recense les lieux de mémoire, même les plus modestes, du territoire (source : Comité du Souvenir Val Gelon).

  • Des panneaux pédagogiques temporaires (itinéraires du sentier des résistants) sont installés certains printemps, à l’approche du 8 mai ou du 11 novembre.
  • L’association Mémoire et Patrimoine en Savoie compile pour publication de nouveaux témoignages de résistants ou de familles de Coise.
  • La médiathèque propose, en mai, des lectures d’archives et de lettres de l’époque, pour sensibiliser les jeunes générations à la subtilité de cette période.

Marcher sur les traces de la Résistance à Coise

Pour celles et ceux qui souhaitent s’imprégner du passé résistant du village, plusieurs balades permettent de suivre, en toute simplicité, les pas des anciens :

  • Le sentier de la TAVERNE : départ à la mairie, passage à la Buisse, boucle d’environ 8 km, ponctuée d’anecdotes historiques à retrouver sur le site de la commune.
  • Marche commémorative du Montaillet : organisée chaque 17 août, elle rassemble familles, élus et passionnés d’histoire venue de toute la Savoie.
  • Circuits découverte proposés par l’office de tourisme Cœur de Savoie, avec un focus sur les passages interdits pendant l’Occupation, et sur les caches de résistants.

Au-delà des plaques ou des stèles, marcher sur les chemins de Coise c’est croiser le regard d’une histoire discrète, qui se transmet plus souvent par la confidence que par les grandes cérémonies. C’est aussi ressentir que la liberté, ici, s’est tissée à petits pas, dans l’entraide et le souci de l’autre.

Mémoire vivante et regard d’aujourd’hui

Coise-Saint-Jean, comme beaucoup de villages savoyards, a su faire de ses souvenirs de la Résistance une matière vivante, jamais complètement figée, capable de dialoguer avec le présent. Si vous cherchez des traces officielles, elles se font discrètes : une plaque par ici, un bouquet au monument aux morts, un sentier commémoratif. Mais la vraie mémoire, ici, circule dans le quotidien — une parole échangée, un livre prêté à la médiathèque, ou le récit d’un aîné partagé lors d’une fête du village.

S’intéresser à la Résistance à Coise, c’est mesurer qu’un territoire vit autant par ce que l’on voit que par ce qui se dit, que la transmission, lente et patiente, prolonge l’esprit d’engagement d’hier. Marcher sur ces terres, écouter ces récits, c’est rendre hommage à une histoire collective qui, loin des projecteurs, continue d’habiter les pierres, les sentiers et les cœurs des habitants.

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