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Sur les routes de Savoie, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier attire aujourd’hui par ses vignes, ses vergers, et ses allées paisibles entre collines et montagnes. Mais en se promenant entre les maisons anciennes ou en discutant avec les habitants d’ici, on découvre un autre récit qui plane, pudique, comme un souffle sur les pierres : celui de la Résistance, dans la Savoie occupée entre 1940 et 1944.
Si les grands manuels d’histoire accordent aux maquis savoyards un chapitre mérité, le souvenir n’est pas figé à Coise : il existe dans les paysages, les gestes, la mémoire orale, et quelques pierres gravées. Découvrir ces souvenirs, c’est aussi comprendre la force tranquille d’un village qui a vu passer l’Histoire par ses sentiers.
Située entre la Combe de Savoie et les portes de l’Avant-Pays, Coise-Saint-Jean fut le témoin d’une époque où la géographie dictait les choix : routes discrètes pour circuler, collines pour se cacher, forêts complices. Pendant l’Occupation, des réseaux de Résistance se tissent partout en Savoie, souvent autour de villages comme Coise. On est alors loin des grandes villes où s’affrontent l’occupant et les résistants — ici, tout passe dans la discrétion, entre l’église, la mairie, la Charniaz, le hameau de Saint-Jean-Pied-Gauthier ou le long de la TAVERNE, (source : Département de la Savoie).
À Coise-Saint-Jean même, il n’existe pas de grand monument officiel à la Résistance, comme on en trouve à Albertville ou Chambéry. Pourtant, les témoignages persistent à travers plusieurs traces :
À quelques kilomètres de Coise (commune voisine de Sainte-Hélène-du-Lac), la stèle du Montaillet rappelle le sacrifice de plusieurs résistants tombés lors d’une embuscade allemande, le 17 août 1944. Les familles de Coise ont parfois eu des proches impliqués, ou y ont participé à la cérémonie annuelle du souvenir. Cette stèle est aujourd’hui le point de ralliement de nombreux hommages. Elle représente aussi la porosité entre les histoires locales : chaque village savoyard, chaque vallée, connaît ainsi « sa » stèle, mais l’émotion circule de l’un à l’autre (Mémoire Résistance Savoie).
Plusieurs maisons de Coise et Saint-Jean-Pied-Gauthier ont accueilli des résistants ou caché des réfractaires au STO. Si elles n’arborent aucune plaque, leurs histoires sont transmises lors de discussions au détour d’un café du village ou d’une balade. Selon le recensement tenu par l’ONACVG (Office national des anciens combattants et victimes de guerre), Coise a de manière avérée protégé et ravitaillé une douzaine de personnes entre 1943 et 1944, notamment dans le secteur de la Buisse et du hameau de la TAVERNE.
Dans l’église paroissiale, la liste des « morts pour la France » inclut plusieurs jeunes hommes disparus en 1944 — certains tombés au front, d’autres n’ayant pas eu de sépulture connue. Les vieilles croix du cimetière racontent cette fracture, la perte soudaine de la jeunesse locale.
Peu de « grands noms » de la Résistance nationale sont associés à Coise. Mais l’histoire retient des figures locales, dont les actes se sont transmis par le bouche-à-oreille et parfois consignés dans des ouvrages régionaux (Gérard Jalla, « La Résistance en Savoie »). Revenons sur quelques figures ou groupes marquants :
La Savoie compte, entre 1943 et 1944, plus de 9000 résistants actifs ou rattachés à des réseaux homologués (Département de la Savoie). Dans Coise, la mobilisation fut modeste, mais jamais symbolique : quelques familles, des gestes courageux, et la volonté de protéger la jeunesse.
Ce qui fait la spécificité de la mémoire résistante à Coise, c’est qu’elle s’incarne surtout dans l’oralité et le vécu des familles. Mais en arpentant les rues ou en discutant au marché, certaines traces subsistent :
À Coise, la mémoire ne s’inscrit pas dans le marbre, mais circule dans les discussions, les traditions orales, et l’intérêt constant de la jeunesse pour l’histoire locale. La société d’histoire locale du canton de Montmélian propose tous les deux ans une conférence itinérante sur les maquis et la guerre, souvent organisée à la salle des fêtes de Coise ou au foyer rural.
Si l’on s’arrête à la géographie, Coise est un parfait exemple de ces « villages de passage » : peu connus dans les grandes batailles, mais essentiels à la logistique et à la discrétion des réseaux. Le relief, les forêts environnantes et la configuration des fermes ont permis de dissimuler hommes, ravitaillement, tracts.
Ces gestes minuscules, parfois oubliés, sont tout aussi importants que les actes d’éclat. Ils témoignent d’une résistance du quotidien, dans la crainte de la dénonciation et la solidarité chaleureuse de la population.
À Coise-Saint-Jean, la mémoire de la Résistance vit par la transmission orale, la discrétion des familles, mais aussi par la volonté associative. Le Comité du Souvenir des Maquis du Val Gelon (basé à La Rochette) intervient régulièrement dans les écoles, propose des expositions itinérantes, et recense les lieux de mémoire, même les plus modestes, du territoire (source : Comité du Souvenir Val Gelon).
Pour celles et ceux qui souhaitent s’imprégner du passé résistant du village, plusieurs balades permettent de suivre, en toute simplicité, les pas des anciens :
Au-delà des plaques ou des stèles, marcher sur les chemins de Coise c’est croiser le regard d’une histoire discrète, qui se transmet plus souvent par la confidence que par les grandes cérémonies. C’est aussi ressentir que la liberté, ici, s’est tissée à petits pas, dans l’entraide et le souci de l’autre.
Coise-Saint-Jean, comme beaucoup de villages savoyards, a su faire de ses souvenirs de la Résistance une matière vivante, jamais complètement figée, capable de dialoguer avec le présent. Si vous cherchez des traces officielles, elles se font discrètes : une plaque par ici, un bouquet au monument aux morts, un sentier commémoratif. Mais la vraie mémoire, ici, circule dans le quotidien — une parole échangée, un livre prêté à la médiathèque, ou le récit d’un aîné partagé lors d’une fête du village.
S’intéresser à la Résistance à Coise, c’est mesurer qu’un territoire vit autant par ce que l’on voit que par ce qui se dit, que la transmission, lente et patiente, prolonge l’esprit d’engagement d’hier. Marcher sur ces terres, écouter ces récits, c’est rendre hommage à une histoire collective qui, loin des projecteurs, continue d’habiter les pierres, les sentiers et les cœurs des habitants.