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Actualités, patrimoine et découvertes locales
Dans le paysage savoyard d’hier, le four à pain occupe une place centrale, autant pratique que symbolique. On recense en Savoie plus de 2 000 fours communaux et privés (source : Inventaire du Patrimoine de la Savoie). Leur prolifération trouve son origine dans plusieurs réalités :
Sur Coise-Saint-Jean, cette tradition s'est affirmée dans un contexte d’autarcie viticole et agricole. Certains fours sont encore mentionnés dans des registres de 1832, et au fil des décennies, des familles entières s’en remettent à ces constructions de pierres, à la fois rustiques et raffinées dans leur usage.
À l’heure actuelle, on peut dénombrer cinq fours encore visibles ou dont la structure principale demeure identifiable sur le territoire de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier. Le patrimoine oral et les anciens cadastres dressent une cartographie précieuse pour qui veut marcher dans les traces de la cuisson à l’ancienne.
Au centre du village, derrière l’ancienne école, le four communal rénové dans les années 1990 accueille parfois des fêtes villageoises et des cuissons festives. Sa typique voûte en tuf de plusieurs dizaines de centimètres et son large bouchement rappellent son usage intensif autrefois. Selon les anciens, il pouvait cuire plus de 20 pains à la fois.
Plus discret, presque caché sous le lierre, ce four date de la deuxième moitié du XIXe siècle (source : Cassini/IGN, cadastre Napoléonien). Les habitants du hameau s’y rendaient jusqu’aux années 1950 pour les fournées collectives. La clé du four passait de main en main, symbole d’une confiance partagée.
Situé à la lisière ouest, ce four familial reste la propriété privée d’une lignée de vignerons. Non restauré, il témoigne du passage du rural au résidentiel dans les années 70. On peut encore deviner les pierres noircies et, parfois, sentir une bribe de la vieille odeur de suie.
Celui-là n'est plus qu’une ruine bienveillante, cachée derrière ce qui fut une petite auberge. Les cheminements du pain accompagnaient ceux du train : on y cuisait pour accompagner les voyageurs et travailleurs de la gare, petite effervescence jusque dans l'entre-deux-guerres (source : Archives départementales de Savoie).
Fréquenté jusqu'aux années 1940, ce four “oublié” a récemment été repéré grâce à des témoignages anciens. Plus qu’un lieu de cuisson, il servait de point de rendez-vous à diverses corporations locales pendant la fête du blé.
| Nom | État actuel | Accessibilité | Particularité |
|---|---|---|---|
| Chef-lieu | Rénové, fonctionnel | Libre accès, ouvert lors de fêtes périodiques | Voûte remarquable, usage festif |
| Faubourg de la Tuilière | Non rénové, structure stable | Visible de la voie publique | Inscription datée du XIXe siècle |
| Chéran | Privé, non visité | Accès soumis à autorisation | Ancienne lignée de vignerons |
| Quartier de la Gare | Ruine | Extérieur visitable | Lien historique avec la gare |
| Rue des Côtes | Vestige, en friche | Balades guidées occasionnelles | Point de rencontres festives |
La vie du four à pain ne consiste pas qu’à abriter la cuisson du pain. Elle s’organise selon une véritable liturgie rurale, dont voici les grandes étapes :
Cette organisation collective renforçait les liens sociaux. Les anecdotes abondent sur des rivalités de pâte, des blagues de fournées, des entraides, et même sur des histoires de pains oubliés qu’on retrouvait plusieurs heures après, incroyablement croustillants. Un détail : selon une coutume locale, le premier pain cuit après la réfection annuelle du four était offert à la personne la plus âgée du village.
Derrière la banalité apparente du pain se cache la mémoire d’une ruralité inventive et souvent résiliente. En 1917, lors des grandes difficultés d’approvisionnement, les fours virent cuire non seulement du pain de froment, mais aussi des pains de pomme de terre, de maïs, voire de glands. Après la Seconde Guerre mondiale, la modernisation des foyers a fait disparaître ces moments partagés. On note, dans les archives municipales, une dernière fournées régulières au Chef-lieu vers 1957, relayées ensuite par une poignée de veillées festives, qui finirent par s’espacer avant de renaître au gré d’associations locales dans les années 1990.
Les fours de Coise-Saint-Jean, qu’ils soient encore debout ou juste suggérés par un talus moussu, gardent ce parfum d’histoire et d’humanité. Certains villages voisins (Montmélian, Saint-Pierre d’Albigny) ont relancé chaque année leurs “Fêtes du four”, mêlant pain bénit, vin nouveau et brioches partagées, dans la foulée d’un mouvement de sauvegarde du petit patrimoine rural impulsé dans toute la région alpine (foursapain.com).
Pour les familles en promenade, une chasse au trésor du patrimoine (organisée tous les étés depuis 2022, portée par la bibliothèque municipale) invite à “repérer” ces fours et à deviner à l’aide d’indices ce qui s’y tramait autrefois.
Il suffit parfois d’une odeur de croûte chaude ou du crépitement d’un foyer pour faire ressurgir les souvenirs. Les fours à pain de Coise-Saint-Jean ne sont plus les piliers quotidiens de la vie locale, mais leur présence alimente aujourd’hui une réflexion sur nos racines, la convivialité, la nécessité de ralentir. En parcourant les ruelles et hameaux du village, on touche du doigt une Savoie vivante, qui n’oppose pas passé et avenir, mais invite à s’asseoir ensemble autour d’une miche et d’un verre. Sur chaque pierre noircies se lisent des noms, des histoires d’enfance, des gestes simples : le patrimoine ne demande qu’à reprendre vie, à la façon d’une pâte qui lève lentement dans la chaleur du four.
Sources utilisées :