Faire pousser ses racines : la vraie vie des stages hospitaliers en médecine
Dans les couloirs carrelés de l’hôpital, sous les blouses blanches, les étudiants en médecine vivent leurs premiers grands frissons du métier. Là, dans la rumeur...
Actualités, patrimoine et découvertes locales
Les villages savoyards comme Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier portent encore, dans leurs murs et dans leurs récits, le souvenir des tuiliers et des forgerons. Au-delà des gestes, il y avait une organisation presque chorégraphiée, entre entraide et astuce, pour répondre aux exigences du quotidien et du climat local. Remettre en lumière ces métiers revient à explorer non seulement leur histoire, mais aussi l’âme collective qui animait la vie rurale.
En Savoie, la fabrication des tuiles est attestée depuis l’époque romaine, mais prend véritablement son essor du Moyen-Âge au XIXe siècle (Patrimoine de France). Chaque village ou hameau abrite son four à tuiles, souvent installé à flanc de coteau, près des riches argiles de l’Isère ou du Chéran.
Du malaxage de l’argile à la mise sous presse, chaque étape répond à une logique d’organisation héritée :
Le chef tuilier, souvent appelé « maître des fours », supervisait l’ensemble du processus. Son autorité, bienveillante mais ferme, était admise de tous, car un four mal géré pouvait ruiner une saison de travail. Il n’était pas rare, dans certains villages de Savoie, de régler les litiges en assemblée générale, à la sortie du four, devant tous les acteurs du chantier (Savoie Mont Blanc).
Nulle maison savoyarde, jusqu’au milieu du XXe siècle, sans ses outils forgés localement. Marteau, étais, clous et crochets : tout passait par la forge. Celle-ci se situait, par tradition et commodité, non loin de la place du village et du lavoir.
Contrairement au tuilier, le forgeron travaillait “à la commande”. Mais certaines tâches étaient récurrentes :
Chaque matin, une file se formait dès l’aube, devant la forge, chacun déposant sa requête, souvent transmise par un enfant ou l’aînée de la maison. Selon une tradition orale, l’ordre d’arrivée primait sur la nature de la tâche, excepté en cas d’urgence agricole ou de réparation vitale (faux brisée en pleine moisson, etc.) (Métiers d’autrefois en Savoie).
À chaque saison, ses outils, à chaque usage, ses secrets de trempe et ses ciselures. Le forgeron connaissait la provenance des fers (mines d’Aiton, de Saint-Georges d’Hurtières) et la particularité de chaque lot. Il adaptait la chauffe à la matérialité du métal, parfois même en “lisant” la couleur de la flamme.
Les forgerons savoyards étaient également spécialistes de la “répartition des coups” : l’apprenti frappait, le maître guidait, selon une rythmique quasi musicale, pour éviter les fissures et les rebuts. L’apprentissage se faisait à l’ancienne, sans livre, d’un geste à l’autre et sur la durée : il fallait en moyenne huit ans pour devenir compagnon puis maître (Pays d’Albertville).
Autour du tuilier ou du forgeron, une petite communauté se tissait, bien au-delà du simple échange de biens contre argent. Plusieurs récits recueillis à Coise-Saint-Jean relatent des « journées de la tuile » ou des « corvées pour le forgeron », où le village s’entraidait pour des tâches lourdes : amener le bois, réparer la toiture de la tuilerie, sortir un fourneau ou refondre de vieilles lames pour la collectivité.
La tradition orale et les récits de famille montrent combien ces métiers étaient ouverts à la transmission : un savoir qui circulait librement lors des veillées, souvent par le jeu ou le conte. Ce sont ces mêmes contes qui font aujourd’hui le sel des histoires partagées lors des fêtes du village.
À Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier et dans de nombreux villages voisins, on retrouve parfois les vestiges de fours à tuiles, des outils marqués du poinçon du forgeron et, çà et là, des noms de famille ou de lieux-dits qui rappellent le métier (“Tuilerie”, “Forge”, “Chemin des Fours”).
Quelques musées locaux, comme le Musée Savoisien à Chambéry et le Musée de la Haute Lévreuse, ont sauvé de l’oubli certains gestes, outils et récits, ainsi que des panneaux explicatifs sur la répartition des tâches ou les outils utilisés (pelle à four, moule à tuiles, marteaux spécifiques…). Le regain d’intérêt actuel pour l’artisanat et l’histoire locale donne aussi parfois lieu à des démonstrations, dans le cadre de festivals ou de journées du patrimoine.
Ce monde a bien changé, mais la solidarité, l’ingéniosité et la souplesse d’organisation des tuiliers et forgerons restent, pour nos villages, une fierté et une source d’inspiration. Il appartient à chacun de transmettre encore ces récits, de reconnaître un outil, de contempler un vieux four au détour d’un sentier, pour mieux s’ancrer, ici, dans le paysage vivant de la Savoie.