12/03/2026


À la découverte des anciens pressoirs et caves viticoles de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier

Un village au cœur du vignoble savoyard : entre mémoire et paysages

La silhouette de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier semble d’abord se dessiner dans l’ombre des Bauges et au fil de ce qui fut jadis un vaste paysage viticole. Ici, tout évoque la lenteur des saisons : la douceur des collines, le dessin précis des parcelles, les murets moussus et, parfois, au détour d’une ruelle, le mystère obscur d’une ancienne cave ou la présence robuste d’un pressoir endormi.

La commune doit beaucoup à la vigne. Jusqu’au XXe siècle, on y cultivait la Jacquère, la Roussette et d’autres cépages typiquement savoyards, bien adaptés au climat doux de l’Isère voisine. Au début du XIXe siècle, on compte près de 80 hectares de vignes autour de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier (source : AD Savoie, cadastres anciens). Presque chaque famille possédait une vigne, et partout, les signes sont là : portes cintrées, linteaux gravés, centaines de caves enterrées ou semi-enterrées, pressoirs en bois ou en fonte.

Reconnaître l’architecture viticole savoyarde : modes de construction et spécificités locales

Les anciens pressoirs et caves viticoles, loin d’être de simples dépendances utilitaires, témoignent d’un véritable savoir-faire.

  • Les pressoirs : Ils étaient massifs, souvent construits en bois de chêne, parfois en fonte au tournant du XXe siècle. Le pressoir à longue vis domine, avec son imposant axe horizontal desservi par des leviers que manœuvraient deux ou trois hommes.
  • Les caves : Voûtées, creusées dans le tuf ou la molasse locale, elles sont fraîches été comme hiver. Elles servaient à élever le vin, à entreposer les tonneaux appelés “foudres” et à protéger la récolte de la chaleur et des variations climatiques.
  • Les perrons dits “de cave” : Massifs, parfois en pierres taillées, souvent accompagnés d’un petit toit abritant l’entrée basse, signature du vignoble savoyard.

Au fil des rues du chef-lieu, du hameau du Villard ou du côté du Bouchet, ces éléments racontent le passé. En 1850, on dénombrait environ 70 caves individuelles dans la commune (Archives Municipales, recensements vinicoles).

Où voir d’anciens pressoirs à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ? Un itinéraire en 5 étapes

Pour qui sait lever les yeux et prêter attention aux détails, le patrimoine viticole de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier se révèle en douceur. Voici cinq lieux emblématiques, certains accessibles lors de visites guidées ou lors de journées du patrimoine.

  1. Le pressoir communal (ancien presbytère, rue du Château)
    • Ce pressoir monumental date de 1824 selon l’inscription sur l’arc du linteau.
    • Visible lors des Journées du Patrimoine ou sur rendez-vous avec la mairie (source : Mairie de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier).
    • C’est un modèle à vis latérale, en chêne, avec les marques encore visibles des réparations de 1911.
  2. Caves vigneronnes du hameau du Bouchet
    • Dans ce quartier, plusieurs maisons de pierre ont conservé leur cave voûtée d’origine, parfois transformée en cellier ou en débarras.
    • Repérez les portes basses sculptées et les aérations en fer forgé, typiques du XIXe siècle.
    • Des visites de groupe peuvent être organisées via l’association Patrimoine et Nature du Pays d’Albens.
  3. Le pressoir du “Clos Roux” (privé, visible de la route du Villard)
    • Maison typique de la région, le pressoir en bois massif est exposé, protégé par une verrière.
    • Ce pressoir aurait été en service jusqu’en 1952, d’après la famille Roux.
  4. Les caves enterrées de la grand’rue
    • En descendant du centre-bourg vers l’église Saint-Jean-Baptiste, sur la droite, plusieurs ouvertures ovales donnent accès à des caves creusées dans la colline.
    • Parfait exemple de l’architecture “en semi-cave”, où la température reste stable, principe cher aux vignerons savoyards.
  5. Le pressoir de la maison Gautheret
    • Rue de l’Église, ce pressoir privé, exposé dans un abri en pierre, est l’un des rares à avoir conservé sa vis d’origine et son tablier.
    • Parfois présenté lors des Journées Européennes du Patrimoine.

Un patrimoine menacé ? Les défis de la transmission et de la restauration

L’histoire des pressoirs et des caves viticoles à Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier est aussi celle des grands bouleversements agricoles : diminution des surfaces viticoles, exode rural, évolution des usages. Depuis la crise du phylloxéra à la fin du XIXe siècle, la plupart des petits vignobles ont disparu, laissant des bâtiments sans fonction visible.

  • En 1900, la commune ne compte plus que 30 hectares de vignes, contre 80 en 1850 (source : INAO, statistiques viticoles de Savoie).
  • De nombreux pressoirs ont été vendus, brûlés ou démontés après 1950.
  • Seules une quinzaine de caves d’époque seraient encore en usage ou partiellement entretenues au début du XXIe siècle (source : Inventaire du Patrimoine Rurale de la Savoie, 2017).

Certaines associations locales mènent aujourd’hui des actions de sensibilisation. Le “Chemin des Caves” créé en 2018 permet aux scolaires d’explorer trois caves restaurées, et chaque été, une fête du pressoir rassemble les habitants pour évoquer cette mémoire effacée.

Parole de vignerons : souvenirs, anecdotes et objets retrouvés

Les caves et pressoirs de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier ne sont pas seulement des lieux de pierre : ce sont des boîtes à mémoire, où refont surface les gestes, les outils et les histoires.

  • Un Souvenir de Vendange : "Le pressoir sentait la pomme mûre, la terre et la sueur", confie M. Brondel, dernier vigneron du hameau de Coise, lors de l’enquête orale menée en 2019 (source : Médiathèque de Savoie, fonds « Vignerons de Savoie »). Lui se souvient des soirs de vendange, du bruit de la presse, du ruissellement du jus, quand les enfants écoutaient les aînés raconter la saison passée.
  • Des Objets Surprenants : Parmi les objets retrouvés lors de la restauration d’une cave en 2016 : un verre à pied soufflé à la bouche (daté autour de 1870), un carnet de pressage annoté à l’encre violette, des clés de tonneaux gravées au nom d’anciens propriétaires.
  • Savoir-Faire en Perpétuelle Adaptation : Si les pressoirs ne servent plus qu’occasionnellement (pour des fêtes, ou des micro-vinifications associatives), leur préservation reste un défi : combattre l’humidité, les rongeurs, la pousse des racines dans la maçonnerie, tout en sauvegardant l’authenticité du patrimoine.

Vers une nouvelle vie du patrimoine viticole local

Le paysage viticole a profondément changé, mais la mémoire de la vigne est plus vivace qu’on ne le croit. Des initiatives voient le jour, comme la création en 2023 d’un circuit pédestre “Sur les traces des pressoirs et des caves”, balisé par des panneaux explicatifs, ou la remise en état d’un pressoir scolaire pour les animations de la fête des vendanges.

  • Soutiens et subventions : région Auvergne-Rhône-Alpes, Fondation du patrimoine, associations locales.
  • Effet sur l’attractivité du village : depuis 2019, les Journées du Patrimoine autour des pressoirs attirent en moyenne 120 visiteurs par édition (source : Office de Tourisme Alpes Cœur de Savoie).

Le patrimoine viticole de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, entre caves discrètes, pressoirs muets et souvenirs de vendanges, donne un autre visage au village. Pour qui veut entendre chanter la mémoire des collines, il suffit parfois de pousser la bonne porte, ou de suivre le parfum âpre du raisin mûr échappé d’une cave centenaire.

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