Faire pousser ses racines : la vraie vie des stages hospitaliers en médecine
Dans les couloirs carrelés de l’hôpital, sous les blouses blanches, les étudiants en médecine vivent leurs premiers grands frissons du métier. Là, dans la rumeur...
Actualités, patrimoine et découvertes locales
En se baladant sur les sentiers de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier – anciennement deux villages devenus un, au gré de la fusion de 1972 –, il flotte parfois, entre les haies et les collines, le parfum discret d’un paysage oublié. Si les regards se posent aujourd’hui sur les vignes renaissantes, les vergers ou les forêts, nombreux sont les lieux qui, autrefois, hébergeaient des zones naturelles aujourd’hui disparues ou profondément transformées.
Raconter les changements de vocation des espaces naturels ici, c’est réveiller la petite histoire sous la grande, et comprendre un territoire en mouvement constant. L’histoire locale, les archives communales, la carte de Cassini (fin XVIIIe siècle), les témoignages oraux et les analyses du Conservatoire d’Espaces Naturels (CEN) de Savoie (cen-savoie.org) ou de l’INPN (inpn.mnhn.fr) éclairent ces mutations – parfois discrètes, parfois spectaculaires.
Le bassin versant de l’Isère, à la lisière de la commune, fut longtemps marqué par la présence d’importantes zones humides et marécageuses. Elles s'étendaient entre les bras morts de la rivière et les prairies, ponctuées de sources et d’étangs temporaires.
Aujourd’hui, à la place des "Sarts", on trouve des peupleraies ou des cultures intensives. Seules quelques zones ponctuelles, repérées par le CEN, subsistent sous la forme debordements temporaires, précieux mais fragiles. Le projet de restauration des zones humides dans la Combe de Savoie n’a, pour l’instant, touché que les marges de la commune.
L’histoire viticole de Coise (et ses hameaux alentour) fut un temps resplendissante : au XIXe siècle, la vigne dessine le paysage, des premières pentes du “Château” au secteur de la Chappelle et jusqu’à la route de Cruet. Mais la crise du phylloxéra, dès les années 1880-1890, va bouleverser l’économie et l’écologie locale.
Nouveauté depuis 2010 : des domaines comme le Domaine Perret replantent, redonnant vie à certaines parcelles, mais la majorité des anciennes vignes, notamment autour de Terre Noire et de la Croix, sont aujourd’hui des boisements spontanés ou semi-naturels, qui abritent de petites faunes discrètes – blaireaux, sangliers, et chevreuils.
Ces évolutions modifient radicalement la carte postale de Coise-Saint-Jean. Le bocage ancien protégeait les sols, offrait refuge aux passereaux, et ponctuait la traversée du plateau de nuances changeantes selon les saisons.
Autrefois, le ruissellement s’organisait “à la goutte près” : rigoles (“béal” ou “roubin”) patiemment entretenues, fontaines longilignes, lavoirs abrités étaient autant de petits monde d’eau douce. Depuis la modernisation de l’adduction d’eau (années 1965-1975), beaucoup de ces points d’eau et de réservoirs ont disparu, gagnés par la broussaille ou remblayés pour des raisons de sécurité.
Le nettoyage des lavoirs, rare, est assuré par quelques bénévoles, conscients de leur valeur patrimoniale et écologique (source : Association pour la Sauvegarde du Patrimoine de Coise-Saint-Jean, 2021).
À partir des années 1980, Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, comme bien des communes de la Combe de Savoie, a vu son paysage rural évoluer sous la pression de plusieurs facteurs :
Si la commune reste globalement agricole (32 % de la surface totale), la part d’espaces considérés comme “naturels” a été réduite de près de 18 % entre 1960 et 2020 (enquête cadastrale, données INSEE et DDT 73).
Ces mutations traduisent l’équilibre délicat entre développement local, maintien du tissu rural, et protection du paysage. Parfois, elles ironisent sur le destin incertain des lieux: un pré figure dans les délibérations pour un projet de lotissement dans les années 1980, il devient friche, puis terrain de jeu pour les enfants, avant de réintégrer une vocation agricole sous l’impulsion d’un jeune maraîcher.
Les paysages de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier portent les traces de ces disparitions et de ces renaissances. La toponymie – Sarts, la Frette, la Grange, le Pontet – dialogue avec les archives pour dessiner une carte secrète d’anciens marais, de terrasses oubliées. On reconnait, au détour d’un sentier devenu chemin creux, la main de la nature qui réinvestit bordures et haies malmenées, ou celle de l’humain qui replante, restaure, tente des alternatives agroécologiques.
Des initiatives voient le jour pour restaurer des haies ou planter des arbres fruitiers patrimoniaux (programme Pays d’Albertville), pour protéger les zones humides selon les recommandations du CEN Savoie. Le Parc naturel régional du Massif des Bauges, aux portes de la commune, accompagne la reconversion d’espaces agricoles à forte valeur naturelle (source : PNR Bauges, rapport annuel 2021).
Observer les zones naturelles disparues ou métamorphosées de Coise-Saint-Jean-Pied-Gauthier, c’est apprendre à lire entre les lignes le récit continu d’un territoire : ses cycles d’abandon, de reconquête, de réinvention. C’est aussi éclairer les enjeux futurs :
Le visage de Coise-Saint-Jean n’a de cesse d’être réécrit. A chacun de se pencher sur les détails, d’écouter la rumeur des herbes folles ou des pierres moussues, d’inventer la suite : celle où la nature et les humains apprennent à vivre ensemble, au fil des saisons et des envies.